CULTURE

Publié le par segnou siéwé

 
   AVONS-NOUS UNE POLITIQUE CULTURELLE ?
   par Segnou Siéwé


La question culturelle est un problèmatique cruciale pour le progrès de toute nation. Mais malheureusement, la problématique de la culture est négligée, pour ne pas dire oubliée ou mal posée dans notre pays. Dans son interview sur France 24, le chef de l'état, sur le volet culturel de cette interview, dit ceci : "Nous sommes en train de réhabiliter la fonction de l'artistique…" Il ajoute qu'il s'intéressera à "la nécessité de revoir les moyens de dynamiser encore plus le secteur artistique et culturel." Celà en vu d'"améliorer la position des artistes dans le pays." Mais la redynamisation de l'art en particulier, et de la culture en général se résume-t-elle à améliorer la situation des artistes ? Autrement dit, la politique culturelle ce pays ne doit-il pas aller au-delà de la simple réhabilitation des conditions de vie des artistes ? 

Nous pensons quant à nous que la question culturelle au Cameroun ne saurait se réduire à la simple revalorisation du statut d'artiste. Car le faire serait réduire notre politique culturelle au seul statut de l'artiste. Comme si résoudre le problème de la culture camerounais ne consiste qu'à lutter contre la piraterie et à payer aux artistes leurs droits. C'est faux ! il ne s'agit pas de ça !

Le problème de la culture au Cameroun est bien plus profond que l'on ne semble le croire. Il dépasse ces simples préoccupations liées à la piraterie des œuvres musicale et au problème des droits d'auteurs, pour toucher à la question identitaire. Et cette question identitaire est liée au patrimoine culturel d'un peuple. Car la culture, dans sa définition la plus fondamentale, est ce qui identifie un peuple parmi les autres et qui fait sa fierté. La culture, ce sont les coutumes et les traditions d'un peuple. Pour tout dire, c'est l'âme d'un peuple. Et la socialisation consiste donc à faire à ce que chaque ressortissant de ce peuple soit porteur de cette culture où qu'il se trouve, afin que la dite culture ne meure jamais.

Or nous sommes tous témoins et conscients de ce que nos cultures sont en train de mourir sous nos yeux. Les manières de faire, d'agir, et penser propre à nos moeurs disparaissent de jour en jour. Bref, il y a comme une sorte de génocide culturel qui ne cesse d'anéantire notre identité. Et malheureusement, nous n'assistons que passivement à ce génocide culturel. Et si nous n'assistons que passivement à ce génocide culturel, c'est parce que nous sommes tous victimes d'une maladie impitoyable qui s'appelle aliénation culturelle. Elle  fait en sorte que nous voulons toujours ressembler aux autres au lieu d'être nous mêmes. Cette aliénation culturelle qui fait en sorte que nous n'aimons consommer que ce qui vient de l'étranger et non ce qui est le produit chez-nous. Bref, cette aliénation culturelle qui fait en sorte que nous ne sommes presque plus des africains dans nos manières de faire, d'agir, de penser.

C'est donc la lutte contre ce génocide culturel qui doit constituer le cheval de bataille de notre politique culturelle, et non seulement la lutte contre la piraterie et la revalorisation du statut de l'artiste. Car, même si on réussi à combattre la piraterie, et à réhabiliter les artistes, restera encore ce problème de l'aliénation culturelle qui nous pousse à toujours avoir honte de nos cultures et à les mépriser, tout en valorisant celles des autres. Nous savons tous à quel rythme nos langues disparaissent. Nous savons tous que les camerounais consomment plus la musique étrangère. Nous savons tous comment la mode occidentale passionne les camerounais.

Cela dit, ce problème d'aliénation culturelle est d'autant plus aigu que nous sommes fiers de nous rendre dans des foires iraniennes, égyptienne et consort, pour acheter des objets culturels de ces pays et venir orner nos maisons alors que nos artisans, sculpteurs et vanniers croupissent dans la misère au bord de nos routes sans avoir le moindre soutien ni de l'état, ni des populations. Pourquoi ne pouvons-nous pas aussi être fiers de nos objets culturels, les consommer, a fin de pouvoir aussi organiser des foires pour vendre dans d'autres pays notre culture et avoir en retour des retombées économiques ? Pourquoi les cultures des autres viennent-ils toujours damer le pion aux nôtres dans notre propre pays ?

La question est là ! Et cela dit, notre politique culturelle doit donc être redéfinie. La question culturelle au Cameroun doit être une question à prendre au sérieux. Et pour ce fait, le ministère de la culture doit occuper une grande place dans notre gouvernement. Un grand budget doit lui être accordé à cet effet. Et sa politique culturelle doit s'articuler autour de la problématique suivante : Comment revaloriser la culture camerounaise de telle sorte que chaque camerounais puisse être fier de sa culture ? Comment développer la culture camerounaise de telle sorte qu'elle puisse s'imposer à l'étranger tout comme celle de l'étranger s'impose chez-nous ? Comment faire en sorte que le camerounais puisse consommer camerounais ? Et enfin, comment faire en sorte que nous soyons nous-mêmes sans toujours vouloir ressembler aux autres ?

De telles préoccupations, si elles sont résolues, ne peuvent qu'avoir des retombée significative sur notre économie car nous serons en train de consommer camerounais et l'argent, au lieu d'aller à l'étranger comme c'est le cas actuellement, restera au Cameroun et agrandira notre budjet.
On voit bien que cette politique culturelle ainsi définie va au-delà de la simple réhabilitation de l'artiste et de la lutte contre la piraterie et touche aussi à l'économie. Elle pose le problème fondamental de la réappropriation de notre patrimoine culturel sans lequel nous ne seront plus que des déracinés culturels sans identité propre. Autrement dit, nous ne serons plus qu'un peuple sans culture, un peuple sans âme. 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article