SEXUALITE DES JEUNES

Publié le par segnou siéwé



les jeunes sur Internet, attention à ce qu'ils y regardent




LES MEDIAS ET L’APPRENTISSAGE DE LA SEXUALITE CHEZ LES JEUNES DANS LA VILLE DE DOUALA

Ceci est le résumé d'une étude sociologique menée au courant des mois de Mai et Juin 2008 dans la ville de Douala. 





RESUME DU TRAVAIL


Cette étude part de trois constats empiriques ayant suscité en nous une question de recherche. Ces constats sont les suivants : premièrement, dans les sociétés traditionnelles africaines, les jeunes apprenaient la sexualité à travers les rites de passage qu’ils subissaient à l’âge de la puberté (Lapika et Kambamba, 1997). Mais de nos jours, ces rites ne se pratiquent presque plus dans les zones urbaines. Les jeunes traversent donc l’adolescence et la puberté sans être initié à la sexualité. Deuxièmement, la sexualité demeure un tabou au sein des familles. Troisièmement, on note en Afrique une prolifération des médias avec dans leurs contenu des programmes et des sujet touchant à la vie sexuelle. Alors, dans un contexte où il n'existe presque plus des rituels d'apprentissage de la sexualité pour les jeunes, et où celle-ci demeure un tabou au sein des familles, comment les jeunes font-ils pour apprendre la sexualité ? Quel est l'apport des médias dans cet apprentissage ? Quels sont les modes d'apprentissage utilisés ?

 


Hypothèses

Ce questionnement pose le problème de l’apprentissage de la sexualité chez les jeunes en Afrique. Notre hypothèse s’est fondée sur une théorie de la sexualité en Afrique subsaharienne. Il s’agit de la théorie de la désorganisation sociale. Elle affirme que la disparition du contrôle des adultes sur les cadets a entraîné la perte d'intérêt à l'égard de l'initiation coutumière de la sexualité des jeunes (Delaunay, 2001). Les jeunes adoptent ainsi de nouveaux comportements sexuels dirigés vers la satisfaction des besoins personnels et la gratification individuelle. En conséquence, l'apprentissage de la sexualité se fait aux moyens de communication comme les masses médias (Films et revues explicitement érotiques) Huygens, 1999. Cela dit, le mode d’apprentissage est l’apprentissage par imitation.

Champs d’application

Nous avons choisi la ville de Douala comme cadre empirique pour soumettre nos hypothèses à l’épreuve des faits. Car Douala est une ville africaine confrontée aux mêmes réalités que la plupart des villes d’Afrique subsahariennes à savoir la disparition des rites de passage, le tabou de la sexualité, et la prolifération des médias.

Méthodologie et échantillonnage

Pour vérifier ces hypothèses, nous avons opté pour le holisme méthodologique. A partir d’une logique hypothéticodéductive, et d’une approche quali-quantitative, nous avons bâti un questionnaire. Nous l’avons adressé à un échantillon de 100 jeunes dans la ville de Douala âgés entre 15 et 30 ans, repartis équitablement suivant le sexe à savoir : 50 filles et 50 garçons. On y retrouve des élèves (40), des étudiants (40) et des travailleurs du secteur informel (20).

 

 

Résultats du terrain

Le tabou de la sexualité s’est vérifié sur le terrain. Au sein des familles, la sexualité n’est pas un sujet courant. Sur les 100 jeunes que nous avons interrogés, seulement 12 d'entre eux disent que leurs parents leurs parlent régulièrement des sujets concernant le sexe (12%). A l’école et à l’université la sexualité est certes abordée dans des cours, mais elle reste superficielle car ces cours se limitent généralement à l’étude du fonctionnement de l'appareil génital, de la contraception, de la fécondation, de la reproduction humaine, animale et végétale, de la puberté etc. Or les adolescents veulent savoir concrètement comment on va vers le sexe opposé, comment on fait la cours, et comment on pratique les relations sexuelles.

Pour ce faire, les médias vont leurs être d’un grand apport. Car dans leurs contenue, les médias (Télévision, radio, Internet, cinéma, magazines, journaux, livres, etc.),  exposent, parfois sans tabou ni censure, la sexualité sur tous ses plans : aventures amoureuses, recherche des partenaires, rapports sexuels etc. Ce qui va servir de source d’apprentissage aux jeunes.  En effet, 77 % des 100 jeunes interrogés disent que les médias les aident à savoir comment faire pour avoir un petit ami ou une petite amie. Ils voient cela principalement dans les séries télévisées, les films d’amour et les romans d’amour. De même, les médias vont les aider à découvrir et à connaître le la structure et le fonctionnement du sexe opposé. C’est la réponse de 81% des jeunes interrogés.

D’autre part, 56 % des sources à partir desquels les jeunes s’inspirent pour savoir comment on fait l’amour sont médiatiques. Il s’agit des films pornographiques, des magazines et autres journaux pornographiques, et des sites Internet à caractère pornographique. Ce sont le plus souvent les garçons qui recourent à ces sources.

Cependant, le terrain nous a révélé que les médias ne sont pas le seul moyen par lequel les jeunes apprennent la sexualité. D'après notre enquête, 26 % des jeunes interrogés ont des sources d'apprentissage non médiatiques. Ils s'inspirent de leurs expériences personnelles et des causeries amicales pour savoir comment on fait l'amour et comment faire pour chercher un partenaire. Autrement dit, ils apprennent en pratiquant et en dialoguant avec des amis.

 


Internet, outil d'apprentissage de la sexualité pour les jeunes.

Conclusion
 

En somme, on peut dire que notre hypothèse basée sur la théorie de la désorganisation sociale s’est vérifiée. Car on a vu que la majorité des jeunes interrogés, surtout les garçons, apprennent la sexualité à travers les médias. Et le mode d’apprentissage principal est l’apprentissage par imitation. En cela, les médias sont donc d’un grand apport dans le processus d’apprentissage de la sexualité chez les jeunes. C’est vrai qu’on a découvert sur le terrain que certains jeunes (surtout les filles) apprennent la sexualité par des moyens non médiatiques. Mais il faut dire que ce pourcentage est assez faible sur l’effectif étudié. On peut donc établir la théorie suivante : l’apprentissage de la sexualité chez les jeunes en Afrique subsaharienne est fonction de leur environnement social. S’il existe des rites de passage dans la société dans laquelle ils vivent, ces rites seront le moyen par lequel ils apprendront la sexualité. Si ce n’est pas le cas, ils vont recourir à tout ce qui touche au sexe dans les médias pour apprendre la sexualité ; ceci en se servant de l’imitation comme mode d’apprentissage. Et c’est cette deuxième hypothèse qui serait valable dans nos sociétés africaines où les rites de passages disparaissent de plus en plus et où les mécanismes du contrôle social sur les jeunes se détériorent d’avantage, bref, où la modernité prend le pas sur les traditions. Ce qui n’est pas sans conséquences.

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