ELECAM

Publié le par segnou siéwé

ELECAM : INDEPENDANCE CONFISQUEE !!!

 

Par Segnou Siéwé

 

Le Rdpc et ses thuriféraires aiment, dans leur stratégie de propagande, dire que c’est Paul Biya qui a apporté la démocratie au Cameroun. Nous sommes là en présence d’un mensonge historique qu’il convient de rectifier ici et maintenant au regard de la nomination le 31 décembre dernier des membres d’Election Cameroon. Une véritable mascarade destinée à préparer la route à la fraude au cours des échéance électorales et référendaires, et à priver la structure de son indépendance, et donc à empêcher toute alternance démocratique au Cameroun. La démocratie au Cameroun n’existe pas encore. Et le peu de liberté dont nous jouissons provient du peuple camerounais tout entier qui versé de son sang au début des années 1990.

Alors qu’on s’attendait à ce que le « père de la démocratie camerounaise » choisisse des personnalités neutres et de bonnes moralité pour que nous soyons certains de sa bonne foi quant à sa volonté de démocratiser notre pays, Paul Biya a fait d’Elecam une structure Rdpéciste en nommant des individus issu de ce son parti et dont la moralité reste douteuse. Bien que la loi sur Elecam préconise que le membre nommé doit démissionner du parti auquel il appartient, le fait pour Paul Biya de choisir des personnes appartenant à son parti pour présider aux destinées d’Elecam traduit le mépris qu’il éprouve pour l’indépendance de cette structure. D’autre part, si le fait qu’ils appartiennent au Rdpc ne pose pas de problème puisqu’ils vont démissionner, pourquoi n’avoir pas aussi choisi des militants d’autres obédiences politiques ou des personnalités de la société civile ? Le fait de démissionner de son parti garanti-t-il qu’on fera preuve d’une neutralité acceptable ?

En nommant des ressortissants de son parti, Paul Biya est sûr de les tenir par la conscience et les soumettre à sa dévotion. Qui plus est, la moralité des personnes choisies demeure douteuse, notamment celle de son président, Samuel Fonkam Azu’u, qui serait impliqué dans une affaire frauduleuse pour de l’argent. Où est donc l’intégrité morale dont les membres d’Elecam doivent jouir au moment de leur nomination ? Comment comprendre que l’on nomme à la tête d’une structure exigeant une certaine intégrité morale un individu au passé aussi sombre ? Au regard de la situation, peut-on encore dire que Paul Biya est le père de la démocratie camerounaise ?

Certains prétendent qu’il n’était peut être pas au courant de la mauvaise moralité de Fonkam Azu’u. C’est inadmissible ! Car même si la nomination se fait sur proposition, le président peut, s’il le veut, demander une contre-enquête de moralité des individus qui lui sont proposés. Qui plus est, s’il ne savait pas, pourquoi ne l’avoir pas limogé une fois qu’il ait été mis au courant de ces faits qui accablent le président d’Elecam ?

De toutes les façons, nous savons désormais que par cette nomination, Paul Biya a bafoué et détruit les fondements même de ce qui devait être l’institution par excellence des élections transparentes au Cameroun. Il nous a prouvé que loin de désirer la démocratie, il souhaite toujours maintenir le Cameroun dans une dictature dont lui et son parti resteront les seuls maîtres du jeu. Nous ne sommes heureusement pas les seuls à le penser. Le Commonwealth a également trouvé ces nominations inacceptables et a suspendu l’aide qu’il devait accorder au Cameroun pour la mise sur pieds d’Elecam.

Et pourtant, le seul espoir pour les Camerounais d’avoir un jour une alternance démocratique véritable était et reste encore la mise sur pieds d’un organe électoral indépendant. A la place, on nous offre une structure dont on a confisqué l’indépendance. Cela ressemble à s’y méprendre à ce qui s’est passé en 1960. Quand les Camerounais aspiraient à une indépendance véritable, la France les a offert une indépendance confisquée à travers les accords de coopération et à travers le choix des Camerounais soumis à sa volonté, et ne relevant pas du suffrage universel. Et aujourd’hui, lorsque les Camerounais revendiquent une institution électorale indépendante, on leurs offre une dont l’indépendance est confisqué à travers la nomination des individus issus du parti au pouvoir et dont la moralité est douteuse. Avec l’Onel, c’était la même chose et on passe à Elecam sans aucun changement fondamental.

Mais cela ne nous surprend guère ! Car depuis que le Cameroun existe, les Camerounais n’ont jamais choisi leurs dirigeants. Ils leurs ont toujours été imposés. Ahidjo a été imposé, Paul Biya l’a été aussi, et son éventuel successeur le sera également très probablement vue la révision de la constitution d’Avril 2008 qui visait en fait à préparer le départ de Paul Biya du pouvoir et à créer les modalités constitutionnelles de l’avènement de sa successeur. De plus, les différentes élections organisées au Cameroun ne sont que des mascarades. Alors quand est ce que les Camerounais choisiront-ils enfin leur président de la république ? Quand est ce que les résultats des élections reflèteront-ils la réalité des suffrages ? 

Quand il existera un organe indépendant chargé d’organiser et de superviser les élections au Cameroun. Il n’en existe pas encore car Elecam, c’est le Minatd déguisé. La neutralité et l’intégrité morale de cet organe doivent être ontologiques. C’est-à-dire que ses responsables doivent être « naturellement » neutres ; autrement dit, ce doit être des individus n’appartenant et n’ayant jamais appartenu à un parti politique. Quant à l’intégrité morale ontologique, il s’agit des responsables n’ayant dans leurs passés aucun scandale politique, économique ou social. Ils doivent jouir d’un parcours propre. De tels individus n’existent-ils pas au Cameroun ?

Il en existe bel et bien ! Et c’est en les choisissant pour gérer Elecam que Paul Biya nous aurait prouvé qu’il est sans conteste le père de la démocratie au Cameroun comme le claironnent à tout vent ses fidèles. Ce qu’il n’a pas fait, et très probablement, ne fera pas.   

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