COMMENT VAINCRE LE SIDA

Publié le par segnou siéwé

Comment vaincre durablement le sida


Par Siéwé  SEGNOU

 

Chaque année, le premier décembre, le monde entier célèbre la journée mondiale de lutte contre le sida. La lutte contre cette pandémie est ainsi célébrée en raison du nombre élevé de morts qu’elle cause dans le monde. Pour cause, depuis 1981, plus de 25 millions de personnes sont mortes dans le monde des suites de sida. Et à ce jour, on enregistre entre 33 et 36 millions de malades dans le monde. Mais l’Afrique enregistre toujours le plus grand nombre de victimes avec près de 23 millions de malades, soit les deux tiers du nombre total de malades dans le monde[i]. En outre, 10 millions de jeunes africains âgés de 15 à 24 ans et environ 3 millions d'enfants de moins de 15 ans sont infectés par le virus du VIH.

Toutefois, l’on enregistre une stabilisation générale de la maladie en Afrique avec une baisse de 5%. Malgré cette baise, il reste que les victimes se comptent toujours en dizaine de million sur le continent noir. Comme nous le rappelle l’ONUSIDA, « même si la prévalence du VIH s’est stabilisée en Afrique subsaharienne, le nombre réel des personnes infectées poursuit sa hausse à un niveau inacceptable[ii]. » Au Cameroun par exemple, les chiffres actuels parlent de 553 000 séropositifs, soit un taux de prévalence de 5,1 %. La situation est donc grave. Alors, comment lutter efficacement contre le sida ?

Le sida se transmettant principalement par le sexe, c’est également par le sexe qu’il faut trouver sa solution. Ainsi, la meilleure façon de lutter contre le sida est de pratiquer une sexualité saine et spirituelle. Si le sida continue à faire des ravages, c’est parce que, dans la société camerounaise, la sexualité est pervertie et désacralisée. Les rapports sexuels se pratiquent n’importe comment et à n’importe quel âge. Aujourd’hui, l’adultère est devenu banal et normal, de même que la sexualité précoce. Les adolescents et même les enfants sont déjà sexuellement actifs. Avoir vingt ans sans avoir jamais eu de rapports sexuels apparaît comme une honte chez les jeunes. Du coup, ils se lancent très tôt dans la sexualité sans même savoir ce que c’est, juste pour être aussi à la mode. Et bonjour les infections. La solution au sida se résume donc en quatre pratiques : abstinence, éducation à la sexualité, fidélité et proscription du préservatif.

Abstinence

L’abstinence permet d’éviter les rapports sexuels, et donc le risque d’être infecté. Elle doit plus concernée les jeunes. Certains disent que c’est impossible. C’est faux ! Ça semble impossible parce que nous évoluons dans un environnement social sexuellement excitant et provocant. Presque tout autour de nous renvoie au sexe. Les femmes ne s’habillent presque plus. Elles font tout pour laisser paraître leurs parties intimes.

Les médias sont les premiers facteurs de cette excitation sexuelle. Le sexe inonde leur contenu. Les séries télévisées dont raffolent les Camerounais montrent parfois des scènes obscènes. Les chaînes de télévision étrangères que nous avons sur le câble ont des programmes à caractère pornographique et érotique. On peut citer entre autres XXL, NT1, RTL9, E TV, etc. Sur Internet, on a également des sites pornographiques (www.123love.com, www.baise.com, etc.). En bordure de route, on peut s'offrir des films X sur des DVD et des VCD piratés. Les vidéos clubs dans nos quartiers projètent très souvent des films pornographiques et les salles sont remplies d’adolescents de moins de 18 ans. De plus en plus, dans les kiosques à Douala et ailleurs, on trouve des petits magazines à caractère sexuel.

Un tel environnement social ne peut que rendre l’abstinence difficile. Et les adolescents qui y évoluent ne peuvent que se lancer précocement dans la vie sexuelle.

L’autre raison qui rend l’abstinence difficile est la disparition dans nos sociétés des rites d’initiation des jeunes à la sexualité. En effet, dans les sociétés traditionnelles africaines, il existait des rites de passage au cours desquels « les vieux comme les aînés avaient pour mission d'enseigner aux jeunes adolescents les valeurs traditionnelles à diverses occasions et dans tous les domaines, y compris celui de la sexualité[iii]. » Ce qui n'existe presque plus de nos jours. En conséquence, les jeunes recourent aux médias qui les entourent pour apprendre la sexualité et pratiquer l’acte sexuel[iv]. Ce qui fait que dans leurs relations amicales, ils ne pensent qu’au sexe, surtout les garçons. Ils veulent reproduire ce qu’ils voient dans les films pornographiques. Du coup, le principe qui guide les relations que les garçons entretiennent avec les filles est celui-ci : une fille n’est ta copine que lorsque tu as couché avec elle. Une musique le dit d’ailleurs : « la meilleure petite est celle qui“ libère“ ». Ils ne pensent pas à fonder des relations sérieuses et durables basées sur l’amour et l’amitié. Ils ne pensent pas à se mettre ensemble, faire des choses ensemble et bâtir une vie ensemble. Il n’y a que le sexe, et après ça, la relation s’arrête généralement. En conséquence, avant 20 ans, beaucoup de jeunes ont déjà leur premier rapport sexuel. Donc, le côté spirituel de l’amitié est sacrifié au profit du côté sexuel. Et bonjour les maladies et les grosses précoces.

Education à la sexualité

Cela dit, l’éducation à la sexualité doit figurer dans les programmes scolaires. En conséquence, elle ne doit pas, comme c’est le cas actuellement, se résumer uniquement à expliquer la dimension biologique et physiologique de la sexualité à savoir la reproduction, fécondation, la grossesse, l’accouchement, etc. Elle doit aller au delà et atteindre la dimension psychologique de la sexualité à savoir l’amour, l’attirance, la séduction du sexe opposé, etc. En effet, comme le dit Frédéric Khan, la sexualité ne se résume pas à l’acte sexuel. Elle  commence par les jeux d'amour dont le but est de « savoir si les partenaires s'adaptent l'un à l'autre et s'ils s'accordent bien […]  Grâce à eux, deux individus se choisissent l'un l'autre pour la copulation[v]. »

Il faut donc que dans les écoles, il existe des psychologues ou sociologues devant encadrer et suivre psychologiquement, dès la classe de sixième, les élèves - en “couple“ - qui s’entendent bien et qui sont proches les uns des autres. Le but est de les aider à entretenir leur amitié, à la fonder d’abord et avant tout sur le travail en commun et l’entraide, et non sur le sexe ; de sorte qu’ils puissent évoluer ensemble dans leur cursus scolaire et finir par se marier dans l’avenir. La raison est que c’est au secondaire que la grande majorité des jeunes vivent leur stade pubertaire et donc, ont leur premiers sentiments amoureux. Ils se mettent alors en camaraderie en fonction des attirances sentimentales qu’ils ont les uns pour les autres. Ces premiers amours qu’ils entretiennent ainsi sont généralement inconscients en ce sens que chacun sait simplement qu’il aime bien être en compagnie de telle ou telle personne du sexe opposé, sans pourtant savoir la raison. Et ces amours primitifs sont dans la plupart des cas très souvent sincères et désintéressés. Mais ils finissent au fil du temps lorsqu’ils deviennent conscients et que le sexe, la quête de l’intérêt matériel et d’autres contingences de la vie interviennent séparer ces jeunes “couples“ qui s’aimaient pourtant sincèrement.

Le rôle des psychologues ou sociologues dont nous proposons l’existence au sein des écoles et que nous proposons d’appeler “les conseillers d’orientation amicale“  est de détecter précocement, à partir de la classe de sixième, les élèves qui s’entendent bien et s’attirent mutuellement de manière inconsciente ; de leur conseiller de rester de bons amis en pensant d’abord à leur étude et non au sexe ; et de conseiller à ceux qui sont plus âgés et déjà conscients de leur sentiment (classe de 2nde, 1ère et Tle),  de renvoyer le sexe à plus tard, quand ils seront mariés.

Bref, ces “conseillers d’orientation amicales“ joueront à l’école le rôle que les conseillers matrimoniaux jouent au sein de la société. Cette proposition s’inspire des rites de passage et d’initiation à la sexualité que l’on retrouvait dans nos sociétés traditionnelles africaines. Le but étant de permettre le développement de relations saines et durables entre les jeunes, fondées sur l’abstinence, et devant aboutir au mariage. Mais un autre problème se pose avec l’abstinence. Étant donné que, avec la conjoncture économique particulièrement difficile, les jeunes se marient rarement de nos jours ou tardivement pour ceux qui le font, serait-ce encore réaliste de leur demander de toujours attendre le mariage avant d’avoir leur premier rapport sexuel ?

Non ! Mais la solution est celle-ci : il faut réorganiser la société de sorte que le garçons, entre 25 et 30 ans, et la fille, entre 20 et 25 ans, puissent déjà avoir chacun une activité lui permettant d’avoir le juste nécessaire pour tenir un foyer. L’activité en question n’est pas nécessairement un emploi salarié, mais aussi de l’auto emploi. Cela permet d’éviter les mariages tardifs. Ces mariages tardifs sont dus au fait que la société développe à tord l’idée qu’il faut se marier uniquement quand on a les moyens financiers, c’est-à-dire quand on a un emploi fixe et généralement bien rémunéré. Or, nous devons apprendre à nos enfants que le mariage c’est d’abord l’envie, le désir et la volonté, entre deux personnes, de vivre ensemble. Nous devons leur apprendre qu’il faut faire l’amour par amour et avec l’être que l’on aime, dans le cadre du mariage. Faire autrement c’est pervertir et désacraliser l’acte sexuel. Ils doivent aussi savoir que l’abstinence n’a jamais tué personne.

Bref, il faut faire en sorte que les jeunes s’abstiennent et que l’âge du premier rapport sexuel se trouve entre 20 et 25 ans. Maintenant, que dire aux adultes ?

Fidélité

Aux adultes mariés et non mariés, nous préconisons la fidélité. Il est inadmissible et inacceptable que l’adultère soit aujourd’hui devenu banal au sein des couples matrimoniaux. Sans crainte ni honte, le mari trompe la femme, et la femme fait de même en retour. A quoi faut-il d’ailleurs s’attendre quand on sait que la plupart des mariages aujourd’hui sont fondés non pas sur l’amour, mais sur l’intérêt matériel ou stratégique ?

La conséquence d’une telle situation est visible à la fois sur la vie du couple (mensonges incessants, désharmonie, méfiance mutuelle, haine, etc.), sur l’éducation des enfants (manque d’attention envers les enfants, déviance juvénile, etc.), dans la cellule familiale (naissance d’enfants illégitimes dans le foyer et d’enfants bâtards hors du foyer,…) et sur la santé du couple (infection des conjoints au VIH, …).

Cette prolifération de l’adultère prouve que même arrivé à l’âge adulte, les gens ne se maîtrise pas. Des hommes mariés courent derrière des mineurs, et des femmes mariées sortent avec des jeunes garçons, voire des adolescents. Or être adulte, c’est savoir d’abord maîtriser ses pulsions et savoir se comporter. Un couple où existe la fidélité règne l’amour, l’harmonie et la stabilité.

Pour les jeunes adultes, ceux entre 20 et 30 ans, non mariés, ils doivent s’engager dans une vie conjugale. Ceux qui étaient déjà ensemble depuis le secondaire doivent rester ensemble et fidèles, tout en cherchant à s’unir dans un mariage sain, sous le contrôle et les conseils de leurs “conseillers d’orientation amicale“. Ceux qui ont plus de 30 ans et ne sont pas encore mariés, mais qui vivent maritalement, doivent officialiser leur relation. Cela n’est possible que si le mariage est valorisé dans notre société vu que de nos jours cette institution est de plus en plus dévalorisée au profit du célibat et du concubinage.

Proscription du préservatif

Evidemment, le préservatif doit être proscrit, surtout chez les jeunes. Et en cela, nous rejoignons le Pape Benoît XVI pour qui le préservatif accroît plutôt les infections au VIH au lieu de les diminuer. En effet, parler de préservatif aux jeunes adolescents c’est les inciter à la pratique de l’acte sexuel, et donc les expose au risque de contamination. Car en le faisant, ils se rendent compte qu’ils peuvent avoir autant de rapports sexuels qu’ils veulent, à condition de se munir d’un préservatif. Ce qui n’est pas toujours le cas à tous les rapports. À un moment donné, on finit par se lasser de son usage et on va sans se protéger soit parce que le préservatif diminue le plaisir soit parce qu’on a l’illusion que son partenaire n’est pas infecté.

Il est donc scandaleux de voir par exemple, sous le prétexte de la sensibilisation, l’image du préservatif dans les manuels scolaires des élèves du cours élémentaire et moyen ; élèves qui ont pour la plupart un âge inférieur ou égale à 10 ans. Présenter ainsi le préservatif aux enfants est dangereux en ce sens que cela les pousse à s’intéresser à l’acte sexuel et partant, à le pratiquer, et donc à s’exposer au VIH. Et certains jeunes, pour découvrir l’acte sexuel, vont voir des prostitués.

Le préservatif ne doit servir qu’aux personnes séropositives. Cela dans le but d’éviter qu’elles n’infectent d’autres personnes.

Pour tout dire, le sida, se transmettant principalement par voie sexuelle, demande, pour être éradiqué, une sexualité plus responsable et plus saine. Les jeunes doivent pratiquer l’abstinence et les adultes, la fidélité. Tout cela n’est possible que si les jeunes sont suivis psychologiquement par des conseillers qui les orientent vers des relations fondées non pas sur le sexe, mais sur l’amitié et l’amour ; et si l’Etat interdit la prolifération de la pornographie dans notre environnement social et médiatique.  

                                                                                                         

 

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[i] Pour plus d’information, consulter le rapport 2008 sur l’épidémie mondiale de sida sur le site de l’ONUSIDA, www.unaids.org

[ii] Ibid

[iii] Extrait d'une étude publiée sur Internet intitulée Sexualité et comportement à risque : Etat de la question, à l’adresse edoc.bib.ucl.ac.bc:81

[iv] Selon une étude menée en 2008 sur le rôle des médias dans l’apprentissage de la sexualité chez les jeunes dans la ville de Douala, 81 % des jeunes interrogés disent apprendre à pratiquer l’acte sexuel dans les médias, à travers les films, les journaux et les sites Internet pornographiques. 

[v] F. Kahn (1965), Notre vie sexuelle, ses problèmes et ses solutions, Ruschlikon-Zurich, Ed Albert Muller, P 70

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