COTE D'IVOIRE

Publié le par senou

Crise ivoirienne : une guerre pour la nouvelle indépendance de l’Afrique Par SEGNOU Siéwé L’avenir de l’Afrique se joue actuellement en Côte d’Ivoire. La libération de la Côte d’Ivoire conditionne en effet la libération de toute l’Afrique. Durant la période des indépendances, le Cameroun a payé le prix de la libération de l’Afrique du joug du colonialisme avec plusieurs centaines de millier de morts parmi les Camerounais qui n’aspiraient qu’à la liberté. Mais cette libération fut partielle car les indépendances accordées aux pays africains étaient des indépendances nominales puisque le système colonial détruit avait été reconduit dans les accords de coopération et les gouverneurs blancs avaient simplement été remplacés par des gouverneurs noirs à la totale dévotion des ex puissances colonisatrices. Aujourd’hui, cinquante ans après, c’est la Côte d’Ivoire qui paie le prix de la libération, non plus partielle, mais totale du continent noir de l’impérialisme occidental afin que les africains puissent enfin décider par eux-mêmes de leur destinée. La côte d’Ivoire, qui a, sous l’initiative de Laurent Gbagbo, décidé de lancer cette lutte de libération continentale, est actuellement victime d’un complot international ourdi par les grandes puissances dont la France et les Etats-Unis principalement. Sous le prétexte d’une élection présidentielle tenue en novembre 2010 et dont les résultats ont entrainé un désaccord entre Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara, la Côte d’Ivoire, pays moteur de l’économie ouest africain est mis à feu et à sang, depuis plus de quatre mois maintenant, avec la complicité et la bénédiction de toutes les grandes institutions internationales (ONU, Union Européenne, Union africaine, CEDAO). En réalité, au-delà de cette crise postélectorale, c’est tout l’avenir, d’une part de la Côte d’Ivoire et partant de l’Afrique et d’autre part de celui des grandes puissances, qui sont en jeu. Pour la Côte d’Ivoire et l’Afrique en général, les enjeux sont principalement politiques, économiques et culturels. L’enjeu politique est celui de la l’indépendance réelle et de la souveraineté des institutions nationales africaines : ne plus recevoir des ordres des puissances étrangères et gérer de façon autonome les affaires internes. Bref, mettre fin au néo colonialisme en vigueur sur le continent depuis un demi siècle. L’enjeu économique, le plus important, est celui du contrôle des revenus issus de l’exploitation et de l’exportation des matières premières du continent noir. En effet, l’Afrique, continent au sol et au sous-sol infiniment riche, a toujours été, dans le système d’échange international, le réservoir inépuisable des matières premières (pétrole, or, uranium, diamant, bois, café, cacao, etc.). Mais la désindustrialisation du continent et l’absence de transfère des technologies font que l’Afrique n’est pas en mesure d’exploiter et de transformer ces matières premières. Par conséquent, ce sont les sociétés étrangères qui font ce travail. Les accords de coopération et de défenses signés par exemple entre la France et ses anciennes colonies durant la période des indépendances africaines donnaient l’exclusivité du droit d’exploitation de ces matières premières aux entreprises françaises. Mais en retour, elles ne reversent qu’une une infime partie des revenus tirés de cette exploitation aux Etats africains. Qui plus est, ce sont les puissances occidentales qui fixes le prix d’achat des dites matières premières et une fois qu’elles sont transformées, elles sont revendues aux africains à des pris très largement au dessus du prix d’achat. Il s’agit aussi pour l’Afrique de pouvoir décider à qui elle donnera l’exclusivité de l’exploitation de ses richesses en fonction des profits qu’elle juge nécessaire pour elle. Le second enjeu économique est celui de la maîtrise par les ivoiriens et les Africains de leur politique monétaire et financière encore largement sous le contrôle de la France et sous l’influence des devises étrangères. Les mêmes accords de coopération signés entre la France et ses anciennes colonies d’Afrique donnent à ces derniers une monnaie commune, le Franc CFA, qui dépendait du Franc français et dépend aujourd’hui de l’Euro. De plus, ces accords obligent ces Etats africains à déposer une partie de leur revenu national dans le trésor français. Enfin, l’enjeu culturel quant à lui est celui de la renaissance africaine qui devrait être marquée par un enracinement des africains dans leur propre culture. Culture qui, on le sait, la colonisation et la néo-colonisation ont pratiquement anéanti. Il s’agit pour les ivoiriens et les africains d’être eux-mêmes en retrouvant leur identité et en la revalorisant à travers l’art, l’éducation, la science et la culture. Du côté des grandes puissances, l’enjeu est essentiellement politique et surtout économique. Economiquement, l’Europe, dont le sol et sous-sol sont largement dépourvus en matières premières, a plus que jamais besoin des richesses minières du continent noir. Ces matières premières, dont le pétrole est le plus recherché, sont incontournables pour le développement de l’industrie mondial dont la plus grande capacité est détenue par l’Europe et les Etats-Unis. Elles interviennent dans la fabrication de quasiment toutes les marchandises, produits et outils. Mais, dans le monde, seule l’Afrique les détient en quantité inestimable. Le golf de Guinée par exemple, qui va de la Côte-d’Ivoire à l’Angola, dispose à lui-seul du plus grand gisement de pétrole au monde. Cette partie de l’Afrique dont la Côte d’Ivoire est la porte d’entrée, est du coup devenue une zone géo stratégique aux yeux des grandes puissances. Son contrôle garanti une main mise sur les plus grands gisements pétroliers du monde. Ainsi, c’est l’ensemble des pays industrialisés du monde qui ont besoin de ces richesses et qui accourent vers l’Afrique. Mais l’exclusivité n’est plus à l’Europe. Les Etats-Unis, la Chine, l’inde et l’ensemble des nouveaux pays industrialisés veulent aussi leur part du gâteau, tandis que l’Europe veut maintenir le contrôle des privilèges économiques de son pré-carré. Au plan politique, les puissances occidentales veulent continuer à maintenir les pays africains sous leur sphère d’influence et continuer à les traiter comme des départements de leurs Etats, comme cela a été le cas durant les cinquante premières années des indépendances africaines. Bref, ils veulent recoloniser le continent africain sur de nouvelles bases. Par conséquent, un régime comme celui de Laurent Gbagbo qui se veut indépendant est un danger pour les intérêts de la France. Et la libération de la Côte d’Ivoire entrainera irréversiblement, comme une trainé de poudre, la libération des autres pays africains et la perte de l’hégémonie occidentale sur le continent noir. C’est pourquoi la France fait tout pour anéantir Laurent Gbagbo et son régime, et imposer à tout prix Alassane Ouattara jugé plus docile et plus enclin à servir les intérêts de la France. Mais l’Occident devrait comprendre que l’époque où elle pouvait imposer des chefs d’Etat en Afrique est révolue. Les africains aspirent au développement et à la liberté. Ils veulent eux-mêmes résoudre leur problèmes sans ingérence étrangères. Le néocolonialisme dans lequel la France a maintenu le continent a déjà entrainé de nombreuses conséquences néfastes pour l’Afrique. Autrement dit, au-delà de la crise ivoirienne, c’est une nouvelle Afrique qui cherche à s’affirmer. Elle veut avoir son mot à dire dans la gestion des affaires du monde et surtout dans les décisions qui concernent son avenir. Elle ne veut plus que ces décisions soient prises dans les capitales occidentales autour des tasses de café et leur soient imposées. Pour tout dire, cette nouvelle Afrique aspire à une coopération « gagnant-gagnant », à la négociation et au dialogue, plutôt qu’au dictat de Paris et des autres capitales occidentales.
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article