DEMOCRATIE EN AFRIQUE 20 ANS APRES LA CHUTE DU MUR DE BERLIN (3)

Publié le par segnou siéwé

4. Perspective d’avenir

Si l’Afrique échoue dans sa lutte pour la démocratie, il faut dire que c’est d’abord la faute de l’occident. Autrement dit, ne voir dans l’échec de la démocratie en Afrique la seule responsabilité de ses dirigeants serait faire preuve d’une myopie politique.

4.1. La complicité de l’Occident

L’Occident ne saurait admettre une démocratisation véritable de l’Afrique car une telle situation lui fera perdre sa main mise sur les richesses du continent noir qu’il ne cesse de convoiter et d’exploiter depuis des siècles. En effet, « Il n’est pas exagéré de dire, dans ces conditions, que les peuples [d’Afrique] sont empêtrés, partout, dans les engrenages d’un complot très ancien et très subtil, dont le dessein est de les maintenir dans un état éternel d’infériorité, de dépendance et servitude[1]. »

En fait, une démocratie réelle amènerait à la tête des Etats africains des présidents légitimes dont la mission serait d’assurer le bien-être des populations africaines qui leurs ont donné mandat en fonction des programmes politiques qu’elles ont acceptées. Or si les chefs d’Etat luttent pour la défense des intérêts des masses, ils se confronteront forcement aux intérêts de l’occident sur le continent noir. Les retombées des richesses du sol et du sous-sol africain profiteront à son peuple et non plus aux puissances étrangères comme c’est le cas depuis des siècles. Voilà pourquoi, depuis toujours, l’Occident ne cesse de fomenter l’assassinat des leaders africains qui se soucient du progrès de leurs pays, quand bien même ceux-ci sont démocratiquement élus ou soutenus par les masses : Ruben Um Nyobé en 1958, Félix Roland Moumié en 1960, Patrice Emery Lumumba en 1961, Kwamé Nkruma en 1972, Thomas Sankara en 1987, Laurent Désiré Kabila en 2001,… Par contre, ils ne cessent d’apporter leur soutien aux régimes dictatoriaux et corrompus du continent parce que ceux-ci sont plus soumis à leur volonté. Ainsi, « dans leur proclamation en faveur de la démocratisation, les bailleurs de fonds omettent leur propre responsabilité dans le maintien de pouvoirs autoritaires en Afrique[2]»

 Pour de nombreux intellectuels à l’instar d’Achille Mbembé, la France est l’un de ces pays de l’Occident qui voient d’un mauvais œil la démocratisation réelle du continent africain. Dans une interview en 2008, il explique : « elle (la France) ne l’accepte (la démocratie en Afrique) que du bout des lèvres. Dans son pré carré, elle s’y oppose farouchement et avec ténacité depuis 1960, n’hésitant pas, le cas échéant, à recourir à l’assassinat et à la corruption[3] »  Cela parce que, « depuis leur indépendance, la France continue d’être attachée au destin de ses anciennes colonies d’Afrique[4]» En fait, « le but recherché est non seulement de poursuivre l’exploitation du continent[5] », mais aussi de perpétuer l’hégémonie de la France en Afrique.

La complicité de l’Occident dans la débâcle de la démocratie en Afrique est donc avéré et n’est pas à négligée dans la recherche des solutions.

4.2. La démocratie qu’il nous faut

Si vingt ans plus tard la démocratie n’arrive pas à se mettre en marche effectivement en Afrique, ce n’est pas parce que les africains ne sont pas murs pour elle comme l’avait dit Jacques Chirac. C’est parce qu’il est des forces internes et externes qui agissent contre la démocratisation du continent noir.

Cependant, ce n’est pas le model occidental de la démocratie qu’il nous faut. Car si nous échouons, c’est aussi quelque part parce que nous voulons imiter à la lettre la démocratie  occidentale que nous plaçons comme idéal alors que les contextes ne sont pas les mêmes. Car avant que la démocratie ne se pose et ne progresse, les bases économiques de son développement étaient déjà posées. Or les bases économiques du développement de l’Afrique ne sont pas encore posées à l’exception de quelques pays.

L’Occident impose à l’Afrique une démocratie libérale pourtant inadaptée à ses réalités. En effet, la démocratie libérale est une démocratie capitaliste qui demande, pour être mieux réalisée, un niveau relativement élevé de moyen économique. Nos économies sont pourtant faibles. La grande majorité des populations africaines sont pauvres de même que les Etats.

Ce qu’il nous faut c’est donc une démocratie populaire inspiré du model chinois. Car la chine a prouvé au monde qu’on n’a pas nécessairement besoin de copier la démocratie occidentale pour se développer. Cela dit, il s’agit donc d’une démocratie des masses laborieuses où les intérêts des pauvres seront pris en compte avant les intérêts des particuliers. Car comme le disait Laurent Gbagbo, l’Afrique est le continent qui a le plus besoin de socialisme.

A la tête de ces démocraties, devrait exister une dictature éclairée et non sanguinaire et autocratique comme c’est le cas sur le continent africain. Pourquoi une dictature éclairée ? Parce que le taux d’analphabétisme est très élevé en Afrique et donc, les masses ne sont pas instruites. Les populations ne peuvent donc pas facilement savoir où est leur bien. Seuls des individus éclairés, cultivés et nationalistes peuvent mieux savoir comment orienter les peuples vers leur bien-être. Aussi, les chefs d’Etat africains ont prouvé jusqu’ici qu’ils sont très souvent des ignorants, voire des incultes, au regard des décisions calamiteuses qu’ils prennent parfois. Incapables de penser par eux-mêmes, ils s’entourent de conseillers spéciaux occidentaux qui les dupent. Ils consultent des experts étrangers qui leurs proposent des solution inadaptées aux réalités africaines.

Les dirigeants éclairés dont nous parlons ici auront donc pour mission de prendre de bonnes décisions et de les imposer aux masses. De même, ils devront poser les bases de notre développement économique à savoir l’industrialisation massive, l’éducation obligatoire et gratuite des populations, la nationalisation des entreprises stratégiques, la constitution d’une armée forte, la réalisation de grands travaux de développement devant employer les jeunes, le protectionnisme sélectif, la subvention des initiatives privées, etc.

Par ailleurs, cette démocratie populaire devra éliminer le multipartisme. Car jusqu’ici, le multipartisme n’a apporté que le désordre en Afrique et a été instrumentalisé par les chefs d’Etat pour diviser les oppositions. A quoi servent plus de 200 partis politiques dans un petit pays comme le Cameroun alors qu’un grand pays comme les Etats-Unis n’en compte que deux ? Il faut donc supprimer le multipartisme, ou au plus n’admettre que deux partis sur l’échiquier politique. Nos multipartismes n’entraînent que le désordre. Sous le prétexte de la diversité des points de vue, chacun vogue à tout propos, et le résultat c’est le chao. Sous le prétexte de la liberté de créer des partis politiques, des gens sans conviction ni idéologie solide créent des partis politiques qui contribuent à égarer les masses. Les régimes en place se fondent aussi sur ce prétexte pour créer des partis politiques fantoches dans le dessein de diviser l’opposition pour mieux régner.

Si chaque parti politique prétend œuvrer pour la satisfaction des intérêts des masses, pourquoi doit-il exister plusieurs ? Autant mieux en créer un seul dans lequel se déroulera le débat d’idée ; et à côté, permettre une véritable la liberté d’expression à la presse où les citoyens pourront donner leur point de vue sur la gestion de la nation.

Bref, les économies africaines sont des économies faibles et extraverties. La démocratie libérale ne convient donc pas à ses pays car elle est au dessus de leurs moyens. Seule une démocratie populaire peut unir les économies africaines et les fortes. Celle-ci a fait ses preuves en Asie du sud-est et en Amérique du sud.

 

Conclusion

Sous le couvert de la guerre froide, régnait en Afrique des dictatures totalitaires à partis uniques et totalement insouciantes des droits de l’Homme. Avec la chute du mur de Berlin, les Etats d’Europe de l’Est se démocratisent. Cette démocratisation va s’imposer aux Etats africains à la suite des pressions internes et surtout externes. Deux décennies plus tard, cette démocratisation n’a pas satisfait les attentes des populations. Bien que des avancées signifiantes ait été opérées en matière de liberté, la dictature continue sous le voile de la démocratie. Les régimes sont restés autoritaires mais cette fois-ci en se fondant sur des prétextes pour mater les populations et légitimer la violence. Lorsqu’un acte ne porte pas atteinte au régime en place, il est autorisé ; mais lorsqu’il s’attaque au régime, même si cela se fait dans le respect du droit, des prétextes sont trouvés pour le réprimer. La tradition de longévité au pouvoir se poursuit par le moyen de la fraude. Bref, la démocratie est instrumentalisée pour soigner l’image du pays aux yeux de la communauté internationale. Cet échec de la démocratie en Afrique est lié aux forces internes et externes. Les chefs d’Etat veulent s’éterniser au pouvoir et les puissances occidentales leur apportent subtilement leur soutien. Autrement dit, comme les indépendances factices qui ont été octroyées aux pays africains, c’est un semblant de démocratie qui a été instauré en Afrique.

Ainsi, l’Afrique ne saura se développer ni démocratiquement, ni économiquement si l’Occident ne lui laisse pas les mains libres pour le faire ou si les leader et les masses africaines ne le contraignent pas à le faire. Si ce n’est pas le cas, seule une démocratie adaptée à la réalité des sociétés africaines pourra donner des résultats. Et cette démocratie, c’est une démocratie populaire inspiré non plus de la démocratie libérale occidentale, mais de celle de la chine et des pays d’Amérique latine qui font leur preuve aujourd’hui.



[1] Marcel AMONDJI, (1993), L’Afrique noire au miroir de l’occident, Paris, Ed. Nouvelles du Sud, P. 13

[2] Anne-Cécile ROBERT, (2006), L’Afrique au secours de l’Occident, Paris, Ed. L’Atelier, p. 62

[4] Marcel AMONDJI, (1993), L’Afrique noire au miroir de l’Occident, Paris, Ed. Nouvelles du Sud

[5] Anne-Cécile ROBERT, (2006), Op.cit, p. 34

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fermaton.over-blog.com (Clovis Simard,phD) 31/10/2011 15:15


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