GOUVERNANCE METROPOLITAINE

Publié le par senou

LA PERTE DUPOUVOIR ETATIQUE DANS LA GOUVERNANCE DES METROPOLES AU CAMEROUN

 

Par SEGNOU Siéwé

 

(Ceci est le résumé d'un article redigé pour un colloque)


 

Depuis environ une décennie, l’Etat camerounais connait une perte progressive de ses pouvoirs dans la gestion des territoires métropolitains du Cameroun. Cette perte se manifeste par l’incapacité du gouvernement à manager à sa guise les villes, et par ses multiples atermoiements décisionnels dans régulation desdites villes. Or, selon le code de l’urbanisme du Cameroun, « le territoire camerounais est le patrimoine commun de la nation. L’Etat et les collectivités territoriales décentralisées en sont les gestionnaires et les garants … ». Le présent article s’interroge donc sur les raisons de cette décadence du pouvoir étatique dans la gestion des métropoles camerounaises. Partant des données empiriques, il débouche sur un essai de théorie explicative du phénomène, en s’appuyant principalement sur les cas des villes de Yaoundé et de Douala.  

Deux facteurs principaux expliquent la situation : la résurgence du pouvoir des autorités traditionnelles et l’intervention des acteurs non-étatiques dans la politique urbaine. L’enjeu est territorial dans le premier facteur. Ayant perdu tout pouvoir de gestion de leurs territoires avec l’arrivée de la décentralisation, les chefs traditionnels ont commencé à s’opposer à certaines politiques urbaines gouvernementales ; pire, ils imposent même leur propres politiques aux autorités officielles dans des villes qu’ils considèrent comme étant leurs territoires. Dans le second facteur, l’enjeu est développemental. L’absence d’une véritable décentralisation pousse les populations à prendre leurs propres initiatives de développement, sans concertation avec les autorités administratives.

La perspective théorique est celle-ci : si l’Etat camerounais perd ses pouvoirs dans les métropoles, c’est qu’il est victime de sa propre politique. La décentralisation au Cameroun, comme presque partout en Afrique subsaharienne, reste une chimère (Yves Poulin, 2004). Elle est en réalité une décentralisation centralisée. Elle est appliquée non pas pour faciliter le développement local, mais plutôt pour permettre au pouvoir central d’instituer une élite locale dépendante, ou pour sceller une alliance avec les élites locales grâce aux possibilités de patronage (Richard Crook, 2003). Par conséquent, les populations, délaissées, se battent elles-mêmes pour trouver des solutions à leurs problèmes de développement. Elles prennent des initiatives et s’opposent parfois aux mesures gouvernementales qui, très souvent, ne s’inspirent pas des réalités socioculturelles locales. Ainsi, le pourvoir central perd davantage le contrôle de l’urbanisation où s’entremêlent politiques publiques et politiques privées, non pas dans une dynamique harmonieuse, mais contradictoire, et parfois conflictuelle. Ce qui enfante une urbanisation chaotique.

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