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Publié le par senou

LA LOGIQUE NÉOCOLONIALE ET NEOLIBÉRALE DES CHAINES INTERNATIONALES

Par SEGNOU Siéwé  

La seconde moitié du XXe siècle, plus singulièrement au cours de sa dernière décade, a été marquée, au plan communicationnelle, par une multiplication des chaînes de radio et de télévision à vocation internationale. Ainsi, de nos jours, on dénombre une pléthore de chaînes internationales de par le monde : CNN, BBC, France 24, Euro News, Al Jazeera, CCTV, etc. Médias d’Etat au départ, les chaines internationales sont de plus en plus envahies par les capitaux privées en raison des enjeux économiques. Mais qu’elles soient à capitaux publics ou privés, les chaines internationales font toutes dans l’infostratégie ; c’est-à-dire qu’elles « répondent à une fonction stratégique, diplomatique, économique et parfois idéologique[1] ». En outre, ces chaînes, principalement concentrées dans les pays du Nord, sont aujourd’hui concurrencées par les chaines des pays du Sud. Paralèllement, se développe aussi Internet et ses réseaux sociaux (Facebook, Twiter, ...).

Cela étant, pour mieux cerner la dynamique multidimensionnelle des chaînes internationales, il nous faut répondre aux trois questions suivantes : peut-on considérer qu’il y a une « internationalisation des modèles nationaux » ou plutôt une « nationalisation des modèles internationaux » ? Dans quelle mesure la redistribution du pouvoir symbolique de l’information internationale a-t-elle pu entraîner une nouvelle logique de concurrence en matière de diplomatie publique ? Quelles sont les formes et les logiques du rapport entre les chaînes internationales et les réseaux sociaux et quelles en sont les incidences sur le théâtre des relations internationales ?

Néocolonialisme et néolibéralisme

À la première question, il faut dire ceci : avec les chaines internationales, on assiste à une « internationalisation des modèles nationaux ». En effet, les chaînes internationales servent de relais à l’hégémonie occidentale dans le monde. Le néocolonialisme[2], érigé en système de gouvernance mondiale par les pays riches en direction des pays pauvres (Anne-Cécile Robert, 2006), a besoin, pour se perpétuer, des mécanismes subtils de domination qui passent par la violence symbolique (Pierre Bourdieu, 1986) : il faut réifier la conscience des peuples autochtones des zones d’influence géopolitique, de sorte qu’ils ne puissent se révolter face à l’ordre de domination et d’exploitation existant (Jean Ziegler, 1980). Dans cet objectif de dépersonnalisation qui passe par la manipulation des consciences, l’information joue un rôle capital. Ainsi, les chaînes internationales occidentales ont pour but réel non pas essentiellement d’informer, mais d’universaliser les modèles culturels des pays riches, de justifier leur politique étrangère, de défendre des régimes « amis » et de vilipender les régimes « ennemis ». Fox News par exemple fait essentiellement la propagande de la politique américaine ; et selon le site Mediapart, France 24 est un média « qui propage une image très parisienne (…) de la France (…) et un fort penchant pour l’Afrique francophone avec des regards parfois encore condescendants, issus d’une culture colonialiste[3] ».

À la deuxième question, il faut dire que la redistribution du pouvoir symbolique de l’information internationale a pu entraîner une nouvelle logique de concurrence en matière de diplomatie publique en raison de l’attitude néocoloniale des chaines internationales du Nord. En effet, les chaînes internationales occidentales, qui sont le portevoix de l‘impérialisme des pays du Nord dans ceux du Sud, ont poussé les habitants du Sud à créer leur part de médias internationaux dans le but de contrer la propagande des médias du Nord. Africa 24 par exemple a été créée pour améliorer l’image de l’Afrique toujours ternie dans les médias occidentaux.

À la dernière question, disons que les chaînes internationales et les réseaux sociaux entretiennent des rapports de complementarité dans la logique de l’impérialisme occidental mondialisé. Les réseaux sociaux permettent en effet aux  opposants des régimes « ennemis » de l’Occident de se mettre en relation et de lancer des manifestations en vue de renverser ces régimes, après que les médias occidentaux les aient vilipendés. On ne peut ignorer le rôle capital qu’ont jouer Facebook et Twiter le printemps arabe. Par conséquent, l’incidence sur le théâtre des relations internationales est la provocation, par les pays occidentaux, des révolutions qui balaient les régimes qu’ils jugent leur être ouvertement ou secrètement hostiles. Ce qui entraine parfois des guerres comme en Libye.

Pour tout dire, les chaînes internationales, bien qu’elles aient des visées économiques, sont d’abord et avant tout des instruments idéologico-politiques en lutte les unes contre les autres, dans un contexte de mondialisation où les plus forts imposent, par le truchement des médias, leur vision et leur model aux plus faibles.

          

BRÈVE BIBLIOGRAPHIE

Ouvrages

BOURDIEU, Pierre, (1986),  Sens et puissance, Paris, Editions de Minuit

KWAME NKRUMAH, (1973), Le néo-colonialisme : dernier stade de l’impérialisme, Paris, Présence Africaine

ROBERT, Anne-Cecile, (2006), L’Afrique au secours de l’Occident, Paris, Ed. L’Atelier 

ZIEGLER, Jean, (1980), Mains basses sur l’Afrique, Paris, Seuil

Web-graphie

 www.wikipédia.org

www.france24.com

 

 



[1] Lire François-Bernard Huyghe, TV d'information internationales et influence, publiée le

[2] Pour en savoir plus sur le concept de néocolonialisme, lire Kwame Nkrumah, (1973), Le néo-colonialisme : dernier stade de l’impérialisme, Paris, Présence Africaine

[3] Lire Martin Casals, France 24 : chaîne universelle ou néocoloniale ?, publié le 5 mars 2010, sur le lien http://www.la-clau.net/media/france-24-chaine-universelle-ou-neocoloniale

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