MEDIAS CAMEROUNAIS

Publié le par senou

Le vide que laisse Pius NJAWE

Par SEGNOU Siéwé

 

Depuis que Pius N. NJAWE nous a quittés, deux années ont passé. Mais est-il possible de dresser un bilan après seulement deux années d’absence de cette icône de la presse camerounaise comme cela semble être la prétention de ce modeste article ? Bien évidemment que non ! Toutefois, si un bilan exhaustif ne peut être fait en seulement deux années d’absence, l’on peut tout au moins poser un constat qui saute aux yeux de tout bon observateur de la scène médiatique camerounaise : le vide que laisse la disparition brutale de Pius NJAWE.

En effet, incontestablement, Pius NJAWE, par sa mort, laisse non seulement son journal orphelin, mais il laisse aussi et surtout toute la presse camerounaise décapitée, tel un troupeau sans berger. En réalité, tout au long de ces trente années durant lesquelles il dirigea Le Messager, il était non seulement le commandant en chef de ce journal, mais aussi un guide et un repère pour les journalistes camerounais. Il écopa tous les coups les plus brutaux que devait encaisser la presse camerounaise pour conquérir sa liberté, et il endura toutes les répressions que subissaient son journal en raison de la liberté de ton dont jouissait ce journal ; liberté qu’il avait pris le soin, patiemment et parfois violemment, de lui inculquer, contre vents et marrés. Il parvint à ce but simplement parce qu’il avait les deux caractères nécessaires à tout combattant de la liberté : le courage et la détermination. Aujourd’hui, quand nous parlons du vide que laisse Pius NJAWE dans son journal en particulier, et dans la presse camerounaise en général, nous parlons de ces deux caractères qui faisaient partie de sa personnalité. En effet, Le Messager et toute la presse camerounaise traversent depuis deux ans une période de morosité et d’endormissement.

Pour ce qui est du Messager, le journal a déjà survécu deux ans après le décès de son fondateur. Il pourrait même survivre pour l’éternité. Mais la seule chose qui pourrait ne pas survivre, et qui n’a pas survécu depuis la mort de Pius NJAWE le 12 juillet 2010, c’est l’âme qu’il avait imprégnée à son journal. Ame composée des deux caractères qui forgeaient sa personnalité, et dont nous avons parlé plus haut : le courage et la détermination. C’est ce qui apparait à première vue lorsqu’on observe les deux années au cours desquelles l’icône de la presse camerounaise n’était plus dans le bateau nommé « Le Messager ». Le journal est sevré depuis lors de percutants et violents éditoriaux dont Pius seul avait le secret. Des éditoriaux qui n’évacuaient aucun sujet, de la politique à la société, en passant par le sport et la culture ; et qui impactaient parfois sur les politiques publiques et privées. En dehors des éditoriaux percutants, le journal faisait, sous la commande, la bénédiction et l’accord de Pius, des grands dossiers, des éditions spéciales, des hors-séries, …, sur des problèmes cruciaux de l’existence du Cameroun, de l’Afrique, et partant, du reste du monde. Mais aujourd’hui, deux ans après la mort de Pius, on peut dire qu’il semble que Le Messager ait tourné le dos à de telles initiatives. Cela en raison du fait que Le Messager, en deux ans, n’a pas pu se trouver un commandant en chef à la carrure de Pius N. NJAWE ; c’est-à-dire un commandant en chef courageux et déterminé.

Pour ce qui est de la presse camerounaise, elle aussi a survécu deux ans après la disparition de celui qui lutta pour sa liberté avec un acharnement sans égale. Cependant, ce qui n’a pas survécu, et qui pourrait ne pas survivre, c’est la présence au sein de cette presse d’un leader, d’un guide, d’un model. NJAWE était en effet un repère pour la presse camerounaise, et en même temps, un bouclier et un protecteur. Il était un repère parce qu’il était un exemple à suivre non seulement pour beaucoup de jeunes journalistes néophytes, mais aussi, en secret, pour des journalistes de carrière. En suite, NJAWE était un bouclier parce qu’il était quasiment le seul à avoir le courage de dénoncer, partout où il le pouvait, les mesures liberticides que prenait parfois le système en place pour caporaliser la presse, mais aussi les libertés démocratiques du peuple camerounais. Ce qui lui faisait recevoir les foudres parfois violentes et implacables de l’appareil répressif acharné de l’Etat. De nos jours, force est de constater qu’il n’existe plus au Cameroun, depuis deux années, un journaliste aussi courageux et déterminé pour mener un tel combat. Et du coup, les libertés conquises par la presse camerounaise courent le risque d’être reconquises par le pouvoir. L’exemple le plus patent est l’ensemble des dernières mesures prises par le conseil national de la communication ; mesures qui sont suspectées par les journalistes d’avoir été prises dans le but de faire revenir la censure au Cameroun. Ce qui peut aussi être vrai. Mais on peut se demander si de telles mesures pouvaient être prises sans réaction protestataire aucune du vivant de Pius N. NJAWE. Voilà donc ce qui manque à la presse camerounaise depuis que Pius n’est plus là.

Pour tout dire, pour que Le Messager retrouve la grandeur qu’il avait du vivant de Pius NJAWE - grandeur qu’il n’a pas encore totalement perdue -, il doit se trouver un commandant en chef qui dispose des traits de caractères dont disposait Pius : le Courage et la détermination. C’est ce que doit également faire la presse camerounaise si elle veut conserver et même élargir les espaces de liberté qu’elle a conquise de haute lutte avec l’appui important de Pius. Mais la question est : où trouver ce genre d’individu ? Les Camerounais ne sont pas assez courageux et tenaces. Ils se soucient plus de leurs ventres que de leur patrie, et capitulent dès la première tentative d’intimidation, de sanction ou de répression. Pourtant, quand on mène une lutte, on doit être suffisamment courageux et déterminé pour surpasser ces obstacles, comme l’était Pius N. NJAWE.                  

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Clovis Simard 16/10/2012 04:10

Voir Blog(fermaton.over-blog.com)No.5 - THÉORÈME JACOB. -La Conscience du vide.