CHRONIQUE

Publié le par senou

Lutte contre Boko Haram

 

Yaoundé 2015 : les leçons fondamentales d’un sommet

 

Par SEGNOU Siéwé

 

Le Palais de congrès de Yaoundé a abrité lundi dernier un sommet de la Ceeac en vue de trouver les solutions concertées dans le cadre de la guerre contre BokoHaram. Mais les leçons de ce sommet vont bien au-delà de la simple lutte contre la secte terroriste islamiste pour embrasser l’enjeu panafricain.

 

 

Lundi dernier, le 16 février exactement, s’est tenu au Palais des congrès de Yaoundé, un sommet extraordinaire du Conseil de paix et de sécurité (Copax) de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (Ceeac). Sous l’initiative et l’invitation du président tchadien, Idriss Deby Itno, ce sommet a réuni non seulement les chefs d’État de la sous-région Afrique centrale, mais aussi ceux d’autres régions d’Afrique, lesquels se sont fait représenter. Il s’agit précisément de Paul Biya du Cameroun, Catherine Samba-Panza de la RCA, de Denis Sassou-N’Guesso du Congo, d’Ali Bongo Ondimba du Gabon, de TeodoroObiangNguemaMbasogo de la Guinée Équatorialeet d’Idriss Deby Itno du Tchad. Les chefs d’État de l’Angola (José Edouardo Dos Santos), du Burundi (Pierre Nkurunziza) etde la RDC (Joseph Kabila Kabange) ont été représentés par leurs ministres des relations extérieures ; tandis que celui de Sao Tomé et Principe (Manuel Pinto Da Costa) a été représenté par son Premier ministre, Patrice Emery Trovoada.En outre, d’autres organisations ont également été présentes à ce sommet, à savoir l’UA et l’ONU.

L’ordre du jour était bien évidemment l’adoption des stratégies dans la lutte contre BokoHaram, la secte islamiste et terroriste; cette nébuleuse qui sème la terreur et la mort au Nigéria et au Cameroun depuis quelques années déjà, et qui menace également le Tchad et l’ensemble de l’Afrique centrale.Ainsi, les participants au sommet ont pris de nombreuses résolutions visant à annihiler ce groupe terroriste criminel. Les chefs d’État ont, entre autres, réaffirmé leur volonté de soutenir le Cameroun et le Tchad dans la guerre contre BokoHaram et ont décidé de débloquer la somme de 50 milliards de Francs CFA devant financer un appuien troupes, en logistique, en santé, en équipement militaire et en soutien aérien.


Une initiative inédite

Sauf erreur de notre part, il s’agirait là de la première fois que des pays africains se réunissent sur le sol africain en vue de résoudre des problèmes africains sans faire appel à l’aide de l’Occident sur aucun point des décisions prises. Il faut dire qu’avant cela, les réunions de ce genre sur des crises africaines étaient soient ordonnées par les puissances occidentales, soit influencées par elles ; ou alors elles étaient sollicitées pour de l’aide financière, militaire ou logistique. Ce qui entrainait une forte influence de ces puissances dans les décisions des réunions, puisque, comme le dit le proverbe bantu, « la main qui donne c’est la main qui dirige ». Aussi, on se souvient que le tout premier sommet sur le problème BokoHaram avait été initié par le président français François Hollande et s’était tenu non pas en Afrique, mais à Paris en France, le 17 mai 2014. Comment un problème africain peut-il se régler hors du continent africain et sous une initiative non africaine ? On se souvient également qu’à ce sommet, le président nigérian, Jonathan Goodluck, s’était dit prêt à faire appel à l’ONU pour des résolutions contre la secte islamiste bokoharamienne. Pourquoi faire appel directement à l’ONU au sujet d’un problème africain alors qu’il existe sur le continent noir des organismessous régionaux et régionaux comme la Ceeac et l’UA? C’est probablement ces différentes incongruités qui ont conduit les chefs d’État d’Afrique centrale à organiser un sommet sur le sol africain afin de résoudre une crise africaine.

Quoi qu’il en soit, le sommet anti-BokoHaram de Yaoundé a non seulement permis de trouver des solutions locales à une crise locale, mais il a poussé les pays occidentaux qui rechignaient à apporter leur aide aux pays africains à s’activer à le faire. C’est ainsi que quelques jours seulement après la rencontre de Yaoundé, le ministre français des Affaires étrangères a entrepris une tournée dans trois pays africains (Tchad, Cameroun et Niger) pour témoigner la « solidarité » de Paris aux pays concernés par le phénomène bokoharamien. Son but était aussi, lors de cette tournée qui s’est déroulée du 21 au 22 février 2015, d’apporter l’aide de la France sur le plan tactique à travers « un rôle de coordination entre les pays », sur le plan du renseignement, de la formation et de la logistique. Pour sa part, l’Union européenne a promis, le 20 février dernier à Yaoundé, soit juste quelques jours après le sommet des chefs d’État d’Afrique centrale, une aide de 1,968 milliards de FrancsCFAsupplémentaire pour soutenir l’effort de guerre des pays sinistrés par le conflit anti-BokoHaram. Il est donc difficile de ne pas lier toutes ces initiatives d’aide européennes au sommet de Yaoundé. En effet, ne croyant toujours pas que les Africains puissent être capables de se réunir pour trouver des solutions à leurs propres problèmes comme cela a été le cas pendant très longtemps, et croyant toujours qu’ils feraient appel à elle comme d’habitude,l’Europe a eu la preuve du contraire et s’est immédiatement précipitée pour octroyer son aide sans que cela lui soit demandé.


Les enjeux panafricain du sommet

C’est dire donc que le sommet de Yaoundé est une initiative louable qu’il faut féliciter et encourager à plusieurs titres. D’abord, il a permis de voir que les crises africaines peuvent être résolues par les Africains eux-mêmes, sans ingérence extérieure. Ensuite, il a permis de comprendre que les Africains peuvent se passer de l’aide occidentale s’ils sont suffisamment solidaires. Enfin, il a permis de savoir que l’Europe reste viscéralement déterminée à vouloir toujours s’ingérer dans les affaires africaines au point de venir en aide même sans sollicitation africaine. Or, elle devrait comprendre que quand l’enfant a grandi, il doit marcher par lui-même.

Toutefois, même si les résolutions du sommet de Yaoundé ne se réalisent pas, même si cette initiative a réuni des chefs d’État qui ne sont plus en très bonne entente avec Paris, ce que ce sommet a de positif c’est le simple fait d’avoir réuni des leaders africains pour parler entre Africains des préoccupations africaines. En cela, le sommet de Yaoundé est un grand pas vers la réalisation du projet panafricain des États-Unis d’Afrique. On sait que ce projet retarde principalement parce que les Africains refusent de laver le linge sale en famille et se comportent comme d’éternels enfants qui, même à plus de cinquante ans, veulent toujours être tenus par la main pour marcher. Cela dit, il est important que des sommets comme celui de Yaoundé se multiplientsur le continent pour qu’enfin le rêve despères du panafricanisme que sont, entre autres,Wiliamdu Bois, Markus Garvey, TovaluHouenou, Georges Padmore et Kwamé Nkrumah soit une réalité. Car, comme le proclamait Kwamé Nkrumah lors de la première conférence des États africains indépendants de décembre 1962 à AddisAbeba, « nous devons nous unir ou périr ».

 

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