GOUVERNANCE METROPOLITAINE

Publié le par senou

LA PERTE DUPOUVOIR ETATIQUE DANS LA GOUVERNANCE DES METROPOLES AU CAMEROUN

THE LOSS OF THE STATE POWER IN THE GOVERNING OF THE METROPOLISES IN CAMEROON 

Par SEGNOU Siéwé

 

Ce texte est l'article complèt que j'ai présenté à la conférence internationale qui a eu lieu à Paris sur la gouvernance métropolitaine. Organisée par la Mairie de Paris, elle s’est tenue du 28 au 30 novembre 2012. Retrouvez cet article sur le site www.governingthemetropolis.com 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Résumé

L’Etat camerounais perd progressivement ses pouvoirs dans la gestion des métropoles du Cameroun. Cette perte se manifeste par des atermoiements décisionnels et exécutoires, l’existence des contre-pouvoirs et la prolifération des initiatives privées. Le présent article tente, partant des données empiriques, d’apporter une explication théorique à ce phénomène. Il montre que la perte du pouvoir étatique dans les métropoles camerounaises est liée au fait que l’Etat camerounais, comme presque partout en Afrique, a fondé au Cameroun une décentralisation qui demeure encore utopique. Cette décentralisation a en effet été instituée non pas fondamentalement dans le but de faciliter le développement local, mais dans celui de maintenir un rapport de dépendance entre le pouvoir central et les pouvoirs locaux. Ce qui impacte négativement sur l’urbanisation.

Mots-clés : décentralisation, développement local, démocratie, politiques urbaines, urbanisation.

 

Abstract 

The cameroonian state loses its powers progressively in the governing of the metropolises of Cameroon. This loss appears by decisional and enforceable procrastinations, the existence of the counter-powers and proliferation of the private initiatives. The present article try, leaving from the empiric facts, to give a theoretical explanation to this phenomenon. It shows that the loss of the state powers under the cameroonian metropolises is related to the fact that the cameroonian state, as nearly everywhere in Africa, founded in Cameroon a decentralization that stays even utopian. This decentralization has been instituted indeed not fundamentally in the goal to facilitate the local development, but in the one to maintain dependence’s link between the central power and the local powers. This situation has a negative impact on the urbanization.            

Keys-words: decentralization, local development, democracy, urban politics, urbanization.

 

 

 

Introduction

Héritées de la colonisation, les villes des pays en développement, principalement de ceux d’Afrique noire, sont partout, nonobstant quelques exceptions ça et là, soumises à une même réalité depuis l’indépendance : l’explosion démographique. Cette explosion démographique impacte sur la gouvernance des métropoles en ce sens qu’elle rend difficile la conception et la réalisation de politiques urbaines cohérentes et harmonieuses, même avec l’existence des collectivités territoriales instituées dans le cadre de la décentralisation (Michel Wormser, Claude Blanche Maison, 2005). Cette difficile gestion est d’autant plus critique que dans certains de ces pays, les pouvoirs de l’Etat, pourtant principal acteur de la scène métropolitaine, s’amenuisent de plus en plus dans les cités.

Le Cameroun est le cas le plus illustratif de cette perte du pouvoir de l’Etat dans la gouvernance des territoires métropolitains. Depuis environ deux décennies en effet, les agglomérations camerounaises échappent progressivement à son contrôle et il devient pénible pour lui de les façonner à sa guise. Cette décadence du pouvoir étatique peut s’observer à travers trois faits principaux : les atermoiements décisionnels et exécutoires, l’existence des contre-pouvoirs et la prolifération des initiatives privées. En fait, l’Etat ne parvient pas réguler les métropoles aisément, subit des oppositions à ses décisions et subit l’ingérence des acteurs non-étatiques dans les politiques urbaines.

Or, selon l’article 2 du code de l’urbanisme du Cameroun, « le territoire camerounais est le patrimoine commun de la nation. L’Etat et les collectivités territoriales décentralisées en sont les gestionnaires et les garants dans le cadre de leurs compétences respectives… ». Autrement dit, le gouvernement et les pouvoirs décentralisés sont les seuls à décider de la configuration et du devenir des villes camerounaises. Alors, comment comprendre et expliquer cette perte du pouvoir des autorités publiques dans les métropoles au Cameroun ? Comment se manifeste-t-elle plus concrètement ? Quels en sont les facteurs explicatifs ? Quelle perspective théorique peut être envisagée pour rendre compte profondément de cette situation ?

Le présent article tente de répondre à ces questions par l’analyse de l’hypothèse suivante : si l’Etat camerounais perd ses pouvoirs dans les métropoles, c’est qu’il est victime de sa propre politique ; dans la mesure où la décentralisation qu’il a instituée au Cameroun pour favoriser le développement local demeure illusoire. L’étude s’appui sur les villes de Douala (capitale économique) et de Yaoundé (capitale politique) qui sont les deux principales métropoles du Cameroun.

 

 

1.      Cameroun : Quand l’Etat perd le contrôle de ses métropoles

Un ensemble de faits au Cameroun témoignent d’une régression progressive de la puissance étatique camerounaise dans la gestion de ses métropoles. Trois de ces faits ont été retenus ici : les atermoiements décisionnels et exécutoires, l’existence de contre-pouvoirs et la prolifération des initiatives privées.

 

1.1.       Les atermoiements décisionnels et exécutoires

La prise de décision dans le cadre de la régulation des métropoles du Cameroun n’est pas chose aisée pour le gouvernement. En effet, bien de mesures devant être prises dans la gouvernance urbaine souffrent de multiples atermoiements. A titre d’exemple, on peut citer la lutte gouvernementale contre le phénomène des motos-taxi appelé au Cameroun « Bend-Skin ».

Le phénomène des motos-taxi a pris une ampleur incommensurable dans les métropoles camerounaises depuis la fermeture de la SOTUC (Société de Transport Urbain du Cameroun) au début des années 1990. Depuis lors, ces engins à deux roues sont devenus le moyen de transport le plus prisé par les citadins (voir photo 1). On dénombre de nos jours 162 634 motos-taxi au Cameroun dont plus de 100 000 pour la seule ville de Douala[1]. Mais ce moyen de transport pose de nombreux problèmes dans les agglomérations camerounaises. Il cause des accidents de circulation à travers les villes, et participent à accroitre le désordre urbain. En 1999 déjà, les accidents de circulation à Douala avaient augmenté de 30 % depuis l’invasion de la ville par les motos-taxi[2].

 

 

 

                     Photo 1 : des motos-taxi dans la ville de Douala, au lieu dit « Rond-point Dakar ». Le 24/09/2012. © Etienne SEGNOU

 

Pourtant, ce secteur d’activité est régi depuis 1994 par un décret du premier ministère (n° 94/033 du 2 février 1994). L’article 3 dudit décret stipule par exemple que l’exploitation des motos-taxi est subordonnée à l’obtention d’une licence spéciale de transport. Mais la large majorité des dispositions de ce décret ne furent pas respectées. Face à la croissance des accidents liés au non-respect dudit décret, face à la multiplication des motos dans les métropoles, et face au désordre urbain que le phénomène entrainait, de nouvelles mesures s’imposaient pour réguler à nouveau l’activité. Seulement, il a fallu attendre jusqu’en 2008 pour que soit signé une nouvelle décision du premier ministre, soit 14 ans plus tard. Il s’agit du décret n° 2008/344/PM du 31 décembre 2008 qui renforce et améliore celle qui était déjà en vigueur depuis 1994.

Parmi les dispositions nouvelles, se trouvait celle définissant les zones urbaines interdites à l’activité des « Bend-Skin ». A Yaoundé, la mesure fut appliquée peu de temps après. En revanche, à Douala, il a fallu attendre plus de trois ans pour voir les autorités de la ville prendre des dispositions pour la rendre effective, c’est-à-dire la 12 mars 2012. A cette date, les motos-taxi ne devaient plus circuler dans des quartiers du centre-ville de Douala (Bonandjo, Bali et Bonapriso). Mais ladite date fut reportée de 90 jours. Et au jour-j, ce n’est qu’au prix d’un fort déploiement des forces de l’ordre et d’engins anti-émeute que les autorités sont parvenues à repousser les « Bend-Skin » des zones interdites de la ville de Douala. Toutefois, à ce jour, de nombreuses dispositions du décret de décembre 2008 restent non-respectées. Par exemple, sur environ 162 634 motos-taxi en activité au Cameroun, seules 52 289 ont un permis de conduire et 3132, une licence[3].

Ce qui précède montre à suffisance combien le phénomène urbain de motos-taxi échappe au contrôle gouvernemental, et combien l’Etat camerounais a des difficultés soit à prendre des mesures pour le réguler, soit à rendre applicables les mesures déjà prises.

 

1.2.       L’existence des contre-pouvoirs

Dans la gestion des métropoles au Cameroun, l’Etat fait face à des contre-pouvoirs qui l’empêchent de les gérer à sa guise. C’est le cas des chefs traditionnels.

Au Cameroun, les chefferies traditionnelles sont régies par le décret  n° 77/245 du 15 juillet 1977 portant organisation des chefferies traditionnelles. Ce décret fait des chefs traditionnels des agents auxiliaires de l’administration centrale. Mais il se trouve que ces autorités traditionnelles s’opposent parfois aux directives étatiques, et prennent des décisions auxquelles obéit parfois le pouvoir central. Deux situations concrètes traduisent cet état de fait : les émeutes de Deido et l’affaire de la construction de la cimenterie de Dangoté.

En ce qui concerne les émeutes de Deido, elles ont lieu en décembre 2011 dans ce quartier de la ville de Douala. Tout commence dans la nuit du 30 au 31 décembre lorsqu’un jeune habitant du quartier Deido est assassiné alors qu’il accompagnait sa copine. Les jeunes du quartier s’empennent alors aux motos-taxis dès le matin du forfait, prétextant que l’assassin du jeune s’était servi d’une moto pour commettre son acte. Mis au courant, les motos-taxi de la ville viennent au secours de leurs confrères. C’est ainsi que nait un affrontement entre les conducteurs de « Bend-Skin » et les jeunes de Deido. Le quartier s’embrase et les autorités de la ville, n’ayant pas pu régler le problème pacifiquement, font intervenir la police antiémeute.

Le 3 janvier, les chefs des cantons de Douala écrivent au Préfet du Wouri pour lui dicter la mesure à prendre afin de régler la crise : « Nous vous suggérons utilement de bien vouloir procéder à l’interdiction de la circulation des motos taximen à l’intérieur du périmètre du canton Deïdo et ceci au moins jusqu’à la date des obsèques du défunt[4] ».  Le 4 janvier, au terme d’une réunion de crise, le Préfet exécute la volonté des chefs et signe la décision suivante : « La circulation des motos taxis à Deïdo est interdite à titre provisoire, en attendant la résolution de cet épineux problème à travers une réflexion de fond que nous vous ferons parvenir dans les prochains jours[5] ». La décision est respectée par les motos-taxi et la situation revient à la normale après les obsèques du jeune assassiné.

Dans l’affaire de la construction de la cimenterie de Dangoté, les chefs Sawa[6] n’obtiennent certes pas gain de cause, mais parviennent à faire revenir le gouvernement sur une décision déjà prise. Par une convention, le gouvernement camerounais avait donné l’autorisation à l’industriel Alhaji Aliko Dangoté de construire une cimenterie sur les berges du fleuve Wouri, à l’endroit même où les Sawa célèbrent chaque année une fête traditionnelle importante appelée Ngondo. Les chefs Sawa se sont opposés à ce projet et ont demandé que la cimenterie soit construite ailleurs. Ils ont écrit au chef de l’Etat et peu de temps après, une note gouvernementale intima au milliardaire nigérian de libérer le lieu :

« En exécution des hautes instructions du ministre, directeur du cabinet civil de la présidence de la république contenues dans la correspondance n°089/Cab/Pr du 24 janvier 2012, relative à la requête des chefs supérieurs sawa adressée au chef de l’Etat, j’ai l’honneur de vous informer que le site affecté à la société industrielle Dangoté Industries Cameroon Limited est depuis lors, réservé aux célébrations du Ngondo. Aussi, en vous rappelant le caractère culturel et sacré que revêt ledit site, vous voudrez bien prendre toutes les mesures nécessaires visant la délocalisation de cette usine, pour laquelle un nouvel emplacement devrait être aménagé[7] ».

Suite à cette lettre, en début mars, le délégué du gouvernement ordonne au groupe Dangoté d’arrêter des travaux et de « procéder au démontage de l’ouvrage et à la libération complète du site réservé aux célébrations du Ngondo[8] ». Cependant, après moult tractations et négociations, l’industriel nigérian aura finalement gain de cause et poursuivra les travaux de construction de son usine sur le même lieu querellé, malgré la protestation des chefs Sawa[9]. Mais cela n’a été possible que suite à l’intervention ultime du Chef de l’Etat camerounais qui a ordonné la poursuite des travaux.

Pour tout dire, les deux exemples ci-dessus démontrent bien que les chefs traditionnels ont un pouvoir sur le gouvernement dans les villes camerounaises.

 

1.3.       La prolifération des initiatives privées

Au Cameroun, l’Etat n’a plus le monopole des initiatives urbaines. De plus en plus, des acteurs non-étatiques s’ingèrent dans la gestion des villes, prennent des initiatives et posent des actes qui configurent et reconfigurent le paysage urbain, ainsi que la vie des populations métropolitaines. Ainsi, on distingue les initiatives privées formelles (IPF) et les initiatives privées informelles (IPI). Les IPF sont celles prises par des acteurs non-étatiques en accord et en partenariat avec les autorités publiques ; tandis que les IPI sont celles prises par des individus sans le concours ni l’accord des pouvoirs publics.

Les IPF renferment des acteurs comme les ONG, les élites, les entreprises privées et les populations locales. Le gouvernement camerounais donne en effet la possibilité aux acteurs non-étatiques de s’impliquer dans la gestion des villes à travers la conception et la réalisation des projets urbains d’intérêt commun :

« L’implication des populations, des groupes organisés et de la société civile à la mise en œuvre des règles générales d’urbanisme, d’aménagement urbain et de construction, doit être encouragé à travers : le libre accès aux documents d’urbanisme ; les mécanismes de consultation permettant de recueillir leur opinion et leur apport ; leur représentation au sein des organes de consultation ; la production de l’information relative à l’aménagement et à l’urbanisme ; la sensibilisation, la formation, la recherche et l’éducation en matière d’aménagement et d’urbanisme[10]. »

Les conditions de cette implication sont définies par voie règlementaire. Pour voir comment les IPF se  déploient dans les activités urbaines, le cas des ONG est plus étayant.

Au Cameroun, les ONG sont légions. Le pays compte en effet, depuis la loi régissant les organisations non-gouvernementales de décembre 1999, une quarantaine d’ONG agréées par l’administration[11]. Elles prennent des initiatives de développement comme la construction des ponts, des points d’eau potable, des forages, l’emploi des jeunes, etc. L’ampleur de ces initiatives peut se voir à travers les activités d’une ONG intervenant spécialement dans le secteur urbain, l’ASSOAL (Actions Solidaires de Soutien aux Organisations et d’Appui aux Libertés). 

Cette ONG dont le siège social se trouve à Yaoundé est une organisation de la société civile créée en 1998. Elle est une organisation sociale d’appui aux acteurs et aux processus de développement local. Depuis 2007, elle est engagée dans le Programme de Développement des Quartiers Urbains Défavorisés (PDQUD). Le tableau ci-dessous expose les activités réalisées dans le cadre dudit programme en 2009 et 2010.

 

Tableau 1 : activités réalisées par l’ASSOAL dans des quartiers de la ville de Yaoundé

Source : tableau bâti sur la base des rapports d’activités de l’ASSOAL des années 2009 et 2010[12].

 

On voit bien, au regard du tableau ci-dessus, à travers le cas de l’ASSOAL, que les ONG interviennent effectivement dans la gestion des zones urbaines à travers des projets de développement qui, en concertation avec les autorités administratives et municipales, impactent qualitativement sur l’architecture urbaine et sur la vie des populations locales.

En ce qui concerne les IPI, il faut dire qu’elles se développent de façon exponentielle au Cameroun. Elles sont la principale cause du désordre urbain qui est devenu au Cameroun, singulièrement dans la ville Douala, un phénomène. Ce désordre urbain concerne l’occupation anarchique de l’espace urbain (les stationnements ou arrêts abusifs ; l’installation sur les trottoirs des containers, comptoirs, kiosques, cabines téléphoniques ; la prolifération des laveries de voitures ; l’occupation de la voie publique pour des cérémonies traditionnelles ; l’abandon des véhicules sur la voie publique ; la construction anarchique des habitats ; les marchés informels ; les habitats anarchiques et précaires ...) et l’insalubrité (le déversement des ordures ménagères sur la chaussée et hors des bacs prévus à cet effet ; le dépôt de matériaux de construction sur la voie publique, les affiches posées anarchiquement …). Bien entendu, cet état chaotique est le propre des quartiers populeux ainsi que des faubourgs de la ville de Douala ; car les quartiers résidentiels et le centre-ville quant à eux sont relativement bien ordonnés, comme on peut le voir à travers les photos ci-dessous (3 et 4).

Photo 3 : un cas de désordre urbain dans la ville de Douala : l’occupation de la voie publique au lieu dit «Marché central ». Le 22/09/2012. © Etienne SEGNOU

 

Photo 4 : un cas d’ordre urbain dans la ville de Douala, au quartier Bonandjo. Le 24/09/2012. © Etienne SEGNOU

 

Ces IPI échappent au contrôle et à la direction des autorités administratives et municipales ; car les mesures prises par elles pour les résoudre sont vaines. En 2007, par exemple, une campagne de lutte contre le désordre urbain fut lancée dans la ville de Douala par la communauté urbaine, sans résultats probants, ou presque. Et aujourd’hui, la ville demeure, en grande partie, dans une anarchie et une insalubrité quasi intégrale.

En bref, à travers ses atermoiements décisionnels et exécutoires, l’existence des contre-pouvoirs et la prolifération des initiatives privées, l’Etat camerounais trouve ses pouvoirs amoindris dans le cadre de la gestion des métropoles camerounaises. Comment peut-on expliquer une telle situation ?

 

2.             Les facteurs explicatifs du phénomène

Si les pouvoirs publics au Cameroun ne parviennent plus à contrôler et à gérer aisément les villes camerounaises, trois facteurs permettent d’expliquer cela : la prolifération des activités de survie dans l’informel, la résurgence du pouvoir des chefs traditionnelles et la croissance démographique urbaine.

 

2.1.       La prolifération des activités de survie dans l’informel

Ce premier facteur explicatif montre comment le développement de la pauvreté et du chômage massif des populations urbaines camerounaises a poussées ces dernières à se lancer dans des activités de survie dans le secteur informel ; activités qui impactent sur l’architecture urbaine du pays. L’enjeu ici est donc économique.

En effet, la crise économique qui s’empara du Cameroun à la fin des années 1980, avait été lourde de conséquences pour les Camerounais. La compression du personnel dans les entreprises publiques et la dévaluation du Franc CFA avait causé un chômage et une pauvreté qui est allé grandissant jusqu’à nos jours. Actuellement, seulement 582 319 personnes ont un emploi salarié sur une population active de 13 millions[13]. La conséquence directe de ce chômage massif est la pauvreté. En 2001 déjà, l’indice de pauvreté au Cameroun était de 49,1%[14]. Les villes de Douala et de Yaoundé sont celles renfermant le plus de chômeurs.

Ainsi, pour trouver des moyens de survie, les populations se lancent dans des activités de toute sorte, principalement dans le secteur informel, afin de trouver de l’argent pour satisfaire leurs besoins essentiels (se nourrir, se loger, s’éduquer, etc.). Et de nos jours, 94% de la population active au Cameroun est occupée dans le secteur informel[15], dont 75 % de jeunes. Les activités pratiquées sont principalement le commerce et les services (motos-taxi, téléphonie mobile, couture, coiffure, etc.). Par conséquent, les villes camerounaises sont envahies et colonisées jours et nuits par des centaines de millier de jeunes et adultes en quête des moyens de survie. L’architecture et l’ordre urbain se trouvent donc affectés à cause de l’existence de multiples occupations qui les déstructurent et font naître un désordre urbain grandissant (Voir photo 5).

Photo 5 : des jeunes vendeurs de l’informel spécialisés dans le téléchargement et la gravure des  musiques et des  vidéos au lieu dit « Ancien 3ème » à Akwa, quartier de Douala. Le 24/09/2012. © Etienne SEGNOU

 

Face à la poussée rapide et exponentielle du phénomène, les autorités administratives et même les collectivités territoriales décentralisées sont impuissantes. Elles ne peuvent combattre efficacement et radicalement un fait social dont elles se sentent responsables directement ou indirectement ; car si les citoyens envahissent les rues à la recherche du pain quotidien, c’est que l’Etat n’a pas pu les employer ou n’a pas pu mettre sur pieds une politique devant leurs faciliter l’accès à l’emploi. Elles se trouvent donc face à un dilemme : elles ne peuvent ni chasser complètement ces populations des rues de peur qu’elles ne se révoltent parce qu’on voudrait les priver de leur seule source de vie ; ni leurs trouver des emplois décents puisqu’elles n’en ont pas les moyens.

Quand bien même des décisions sont prises pour libérer la voirie urbaine de ses occupants informels, les mesures pour les rendre exécutoires tardent à venir ; et quand ces dernières parviennent à être prises, les pouvoirs publics sont obligés d’utiliser des moyens forts (forces de l’ordre) pour faire plier les populations. Et lorsque l’ordre est rétabli, il n’est que précaire puisque généralement, les lieux libérés sont réinvestis peu après par leurs occupants habituels. C’est le cas du marché appelé « Dubaï » situé dans le quartier Akwa à Douala où la voie publique est occupée par des vendeurs de téléphones portables importés. Les autorités administratives ont, en fin 2006, remis de l’ordre en chassant ces vendeurs ; mais dès janvier 2007, ils étaient de retour. Le président de l’association créée par ces vendeurs justifie ce retour en ces termes : « Il faut que les gens nous laisse gagner notre vie tranquillement. Tous ces gens ont des responsabilités et veulent s’en sortir dans la vie. On doit leur permettre de s’en sortir[16]. »  

Voilà donc ce qui pourrait expliquer les atermoiements décisionnels et exécutoires dont il a été question plus haut.  Que dire de l’existence des contre-pouvoirs ?

 

2.2.       La résurgence du pouvoir des chefs traditionnels

Ce second facteur montre comment les chefs traditionnels tentent de reprendre le pouvoir qu’ils avaient autrefois sur leurs terres ; pouvoir qui leur a été enlevé successivement par l’administration coloniale puis par l’administration postcoloniale (Charles Nach Mback, 2000 ; André Tassou, sans date). Ainsi, ce facteur explique l’existence des contre-pouvoirs dont il a été question dans la première partie. L’enjeu ici est donc territorial.

Au Cameroun, la gestion des terres et des populations, durant la période précoloniale, était la prérogative absolue des chefs traditionnels. Durant la colonisation, cette gestion est revenue aux puissances coloniales (Allemagne, Angleterre et France) qui administraient le territoire à leur guise et leurs imprimaient une urbanisation calquée sur le model occidental, dans le mépris intégral des réalités culturelles et spatiales locales. L’arrêté français n° 244 du 4 février 1933 fixant le statut des chefs indigènes faisait déjà des chefs traditionnels des agents publics d’exécution. Le pouvoir des chefs traditionnelles, loin de resurgir après la décolonisation, s’est vu une fois de plus amoindri avec le décret n° 77 / 245 du 15 juillet 1977 portant organisation des chefferies traditionnelles. Ce décret faisait des chefs traditionnels des auxiliaires de l’Etat, et donc, des agents déconcentrés de l’administration centrale, chargés d’obéir aux directives gouvernementales. Ce qui leur a fait perdre leur pouvoir de gestion territoriale. La situation s’est empirée avec l’arrivée de la décentralisation qui a associé les mairies dans la gestion foncière, aux côtés de l’Etat.

En réaction à cela, les chefs traditionnels ont commencé à réaffirmer leur pouvoir en s’opposant à certaines politiques urbaines prisent par le gouvernement ou les mairies ; et pire, ils leurs imposent même leur propres politiques dans des villes qu’ils considèrent comme demeurant les leurs parce que situées sur leurs territoires. Par exemple, dans les villes de Douala et de Yaoundé, dans un contexte ou les terrains en milieu urbain sont de plus en plus sollicités, les chefs coutumiers sont les principaux fournisseurs des terrains destinés au logement[17]. Mais les pouvoirs publics ne sont pas officiellement engagés dans ces marchés fonciers coutumiers et ils s’attachent par conséquent à appliquer le droit en vigueur. Ce droit stipule en effet que « le territoire camerounais est le patrimoine commun de la nation. L’Etat et les collectivités territoriales décentralisées en sont les gestionnaires et les garants dans le cadre de leurs compétences respectives… [18]». Cela étant, ils ne reconnaissent pas les contrats coutumiers bien qu’ils soient authentifiés par des témoins ou des fonctionnaires. Malgré cela, les chefs traditionnels continuent la vente foncière, mais de façon informelle[19].

Cela montre bien que les autorités traditionnelles ont toujours un pouvoir dans les métropoles camerounaises en dépit de l’existence d’un pouvoir central auquel elles sont subordonnées.

 

2.3.       La croissance démographique urbaine

Ce dernier facteur montre comment, face à la surpopulation rapide des zones métropolitaines camerounaises et aux conséquences y afférentes, les pouvoirs publics et même les collectivités territoriales décentralisées, sont impuissants et se sont par conséquent plus ou moins désengagés de la gouvernance urbaine. Ainsi, ici, l’enjeu est démographique et économique.

Aux lendemains des indépendances, les villes africaines amorcent une croissance démographique rapide. L’une des causes principales de cette croissance est l’exode rural (Christian Bardot et al., 2009). Ainsi, les zones qui étaient encore rurales à plus de 80 % au moment des indépendances, se sont urbanisées peu après à presque 50 %[20]. Et aujourd’hui, cette croissance urbaine ne cesse de s’accélérer. Par conséquent, la maîtrise de la gestion des urbaine a été rendue d’autant plus ardue que même les collectivités territoriales, instituées dans le cadre de la décentralisation comme étant les nouveaux acteurs de cette gestion, n’ont pas pu trouver des moyens pour pallier la croissance démographique urbaine (Cathérine Farvacque-Vitkovic et al., 2005). Par conséquent, les pouvoirs publics se sont désengagés de la gestion urbaine et face ce vide laissé, des initiatives privées entreprises par des acteurs non-étatiques se sont développées avec l’accord légal de l’Etat. 

Au Cameroun, la situation est pareille. Le peuplement urbain massif et rapide des villes camerounaises ne cesse de s’accroitre. En 2010, la population urbaine du Cameroun était de 10 091 172 d’habitants contre une population rurale de 9 314 928 habitants[21]. Le nombre de villes de plus de 100 000 habitants est passé de 6 à 9 entre 1987 et 2005 ; et  les villes de Douala et Yaoundé dont le nombre d’habitants oscille autour de 2 millions pour chacune. Aussi, le taux d’urbanisation est passé de 37,9 % à 48,8 % de 1987 à 2005[22]. En 2011, population de la ville de Douala a été estimée, selon les chiffres officiels, à plus de 2 409 459[23]. Mais d’autres sources parlent de 5 245 024 d’habitants[24].

Cette croissance urbaine de la ville de Douala a principalement pour cause l’exode rural. Les populations quittent les villages pour les villes à la recherche des emplois, d’une vie décente, d’infrastructures modernes, etc. Ainsi, elles transportent avec elles les habitus et les faits culturels du milieu rural. N’étant pas socialisées au mode de vie du milieu urbain à leur arrivée dans les villes, elles y transposent les comportements propres au milieu rural. Et c’est ainsi qu’elles deviennent les principaux acteurs des IPI qui causent le désordre urbain dans la ville de Douala (voir photo 3). Face à cela, des structures privés telles que les ONG se sont données pour mission d’encadrer, d’éduquer et d’initier ces populations au mode de vie urbain.

Ainsi, ce dernier facteur explicatif illustre la prolifération des initiatives privées formelles et informelles (IPF et IPI) dont il a été question plus haut.

Au total, la régression du pouvoir étatique dans la gouvernance des métropoles camerounaises a trois facteurs explicatifs directs que nous venons de voir. Mais ces facteurs n’apportent qu’une explication très peu persuasive au phénomène puisque dans d’autres pays africains – notamment dans ceux les plus avancés comme l’Afrique du Sud – ce phénomène ne s’observe pas, ou que très peu. Donc pour mieux cerner le problème, il importe d’y apporter une explication théorique en interrogeant la nature même de la décentralisation pratiquée au Cameroun.

 

3.             Perspective théorique

La perspective théorique renferme d’abord les théories sur la décentralisation en général, puis celle sur la décentralisation en Afrique et au Cameroun.

 

3.1.       Les théories sur la décentralisation

Il existe deux théories antagonistes qui rendent compte du concept de la décentralisation à savoir la théorie normative et la théorie analytique[25].

·      Théorie normative ou optimiste

Elle prête de nombreuses capacités à la décentralisation. Selon elle, la décentralisation rapproche les autorités gouvernementales des populations et favorise la participation des citoyens au développement local ; elle conduit à une plus grande responsabilité du gouvernement de la base.

·      Théorie analytique ou pessimiste

Elle soutient que la décentralisation a rarement favorisé le développement et qu’elle constituerait même un obstacle à celui-ci. Selon cette théorie, la décentralisation est un processus favorable à l’accumulation capitaliste, est potentiellement inégalitaire, et favorise la préservation des privilèges. Elle sert de façade pour maintenir ou renforcer, d’une façon ou d’une autre, la position des détenteurs du pouvoir. Elle crée de nouvelles élites de pouvoir sans aucune notion de responsabilité publique, avec pour corollaire des espaces moins démocratiques[26]

De ces deux théories, nous opterons pour la théorie pessimiste. Partant du postulat que les lentes avancées de la décentralisation dans les pays africains sont liées à « l’obsession quasi généralisée pour un pouvoir central fort et le mythe de l’Etat unitaire centralisé [et à] la peur qui hante les dirigeants africains quant à un éventuel éclatement de l’entité étatique qu’ils dirigent souvent en monarque absolu[27] », le cadre théorique est le suivant : 

La décentralisation en Afrique subsaharienne reste une chimère (Yves Poulin, 2004). Elle est en réalité une décentralisation centralisée. Elle est appliquée non pas pour faciliter le développement local, mais plutôt pour permettre au pouvoir central d’instituer une élite locale dépendante, ou pour sceller une alliance avec les élites locales grâce aux possibilités de patronage (Richard Crook, 2003, cité par Yves Poulin, Op. Cit.). Par conséquent, les populations, délaissées, se battent elles-mêmes pour trouver des solutions à leurs problèmes de développement (Yves Guillermou, 2003). Elles prennent des initiatives et s’opposent parfois aux mesures gouvernementales. Ainsi, le pourvoir central perd davantage le contrôle d’une urbanisation où s’entremêlent politiques publiques, politiques privées et actes individuelles, non pas dans une dynamique harmonieuse, mais contradictoire, et parfois conflictuelle. Ce qui enfante une urbanisation chaotique.

 

3.2.       Le caractère chimérique de la décentralisation camerounaise

Le caractère illusoire de la décentralisation au Cameroun, comme partout ailleurs en Afrique noire, peut se voir à plusieurs niveaux : son origine, son rapport à la démocratie et son application sur le terrain.

Au niveau de son origine, la décentralisation en Afrique fut adoptée par mimétisme, comme l’explique Mouélé Kibaya (1995). Les pays africains sous influence de la France, soutient-il, s’étaient engagés dans la décentralisation pour suivre le pas de la métropole[28]. En effet, tout comme les autres institutions étatiques, l’institution communale telle qu’elle est aujourd’hui au Cameroun tire ses origines de l’époque coloniale (Gilbert Biwole, sans date).

Au niveau du rapport de la décentralisation à la démocratie, il faut dire que si la décentralisation est illusoire au Cameroun, c’est qu’elle est un corollaire de la démocratie. La démocratie étant utopique au Cameroun, logiquement, la décentralisation le sera aussi ; puisqu’il ne peut y avoir de décentralisation sans démocratie. Au Cameroun, la démocratie connait de graves retards plus de vingt ans après sont institution comme système politique[29]. Déjà, dès les premières années de son adoption, les observateurs étaient sceptiques quant à sa bonne marche sur tout le continent noir (Michel Banock, 1992). Dans un tel contexte d’absence de démocratie réelle comment une véritable décentralisation peut-elle se mettre en place ?

Au niveau de son application sur le terrain, il faut dire qu’il y a contradiction entre les faits et les données institutionnelles. Officiellement, depuis 1996, le Cameroun est un Etat décentralisé[30]. Mais la décentralisation camerounaise demeure une décentralisation centralisée. Les faits montrent en effet que l’Etat n’a pas réellement laissé, en instituant la décentralisation, un pouvoir local émerger et s’exprimer de façon autonome et effective, de telle sorte qu’il puisse résoudre les problèmes des populations locales. Ainsi, l’Etat a placé les collectivités territoriales sous sa tutelle et son contrôle. Cette tutelle fut consacrée par l’article 8 de la loi 74/23 du 5 décembre 1974 portant organisation communale : « L’Etat assure une tutelle générale sur les communes et syndicats de communes[31] ». La tutelle a officiellement pour but la maîtrise de la dynamique locale en cohérence avec le développement au niveau national (Bernard Messengue Avom, 2005). Mais en pratique, elle paralyse les collectivités territoriales et réduit par conséquent leur marge de manœuvre. Comme l’explique Ruben Elang Tchounbia (2004, p. 125),

« L’importante omniprésence et omniscience de la tutelle anesthésie les initiatives  locales et asphyxie la municipalité le plus souvent. Le contrôle sur les actes est si constant qu’ils ne peuvent être exécutés qu’après approbation ou visa de l’autorité de tutelle chargée d’apprécier la légalité ou l’opportunité ». 

Autrement dit, l’autonomie des mairies n’est qu’illusoire puisque les objectifs et les moyens d’action sont définis en dehors d’elles. C’est au plan financier que cette autonomie n’est même plus illusoire, mais inexistante. Comme l’explique Ruben Elang Tchounbia (Op. Cit., p. 129), en matière financière, la tutelle peut se substituer aux autorités communales et agir en leur lieu et place en vue de réaliser une tâche ou rectifier un inconvénient ; alors que dans d’autres domaines, elle ordonne simplement. Par exemple, si le conseil municipal ne vote pas le budget dans les délais prévus, le préfet l’établit d’office, le soumet à l’approbation du gouverneur, et en informe le conseil à sa prochaine session. Plus grave encore, le préfet a le pouvoir de proposer aux autorités compétentes la suspension et la révocation d’un maire, et même la suspension et la dissolution d’un conseil municipal[32]. Par conséquent, au Cameroun, « l’existence de la préfectorale obscurcit la vision de l’autorité municipale, freine les ambitions des élus locaux, retarde le développement et annihile l’éclosion des libertés pourtant nécessaire pour le développement rapide du pays[33] ».

Tous ces mécanismes tutélaires concourent à faire des communes des entités entièrement dépendantes du pouvoir central, et prouvent que la tutelle a au fond une mission réelle : « le maintien d’une seule unité de direction des affaires publiques[34] ». Qui plus est, au Cameroun, les mairies sont  un instrument du pouvoir central. Elles constituent pour ce dernier une ressource dans la lutte entre le parti au pouvoir et l’opposition (Faustin Clovis Noundjeu, 2006). Ainsi, leur rôle réel est moins de permettre une participation populaire et un développement local que d’influencer les rapports de force dans le sens défini par l’Etat. Et finalement, au Cameroun, on est dans un système qui tient plus de la déconcentration que de la décentralisation (Adamolekun, 1999, cité par Yves Poulin, Op. Cit.). Quelles est l’impact d’une telle situation sur l’urbanisation ?

 

3.3.       Les conséquences sur la gestion des métropoles

La dépendance des collectivités territoriales vis-à-vis du pouvoir central crée des conflits de pouvoir entre les services déconcentrés et décentralisés, et fait que la problématique de la décentralisation au Cameroun se pose en terme conflictuel dans le rapport entre l’Etat et les municipalités (Bernard Messengué Avom, 2005). Tandis que les collectivités territoriales veulent, pour mieux remplir leurs missions, s’émanciper de la tutelle administrative trop écrasante ; les services déconcentrés de l’Etat veulent par contre la maintenir et rester les seuls maîtres de la gouvernance urbaine malgré la décentralisation. C’est ainsi qu’au Cameroun, la présence de l’Etat dans les projets de développement urbain, à travers ses services déconcentrés, est permanente (Faustin Clovis Noundjeu, 2006). Certes, dans les villes des pays développés comme Londres, New-York et Tokyo, l’omniprésence de l’Etat est également observable dans la gouvernance urbaine (Christian Lefèvre, 2006). Mais cette omniprésence ne vise pas la castration et la vassalisation des pouvoirs locaux comme c’est le cas au Cameroun.

Cela dit, cet antagonisme « pouvoir central contre pouvoirs locaux » empêche par conséquent l’éclosion au Cameroun d’une politique urbaine concertée et harmonieuse, puisque chaque acteur veut agir à sa guise, au grand dam des populations locales qui sont délaissées. Face à cela, ces populations sont contraintes de prendre elles-mêmes en main leur destin et de réaliser elles-mêmes leur projet de développement en agissant à travers des associations (IPF) ou à travers des initiatives personnelles (IPI). Ainsi, l’architecture urbaine se trouve chamboulée parce que ces initiatives ne se font pas toujours dans le respect du code de l’urbanisme.

La conséquence principale de tout ce qui précède est l’émergence d’une urbanisation chaotique ; c’est-à-dire une urbanisation qui est le produit d’un foisonnement d’initiatives résultant de multiples acteurs qui agissent chacun selon sa propre politique, sa propre dynamique et ses propres moyens. Ces acteurs sont : l’Etat, les municipalités, les groupements associatifs et les acteurs individuels. Du coup, l’urbanisation va dans tous les sens parce que provenant d’impulsions diverses, non pas dans une dynamique harmonieuse, mais contradictoire et même conflictuelle.

 



Conclusion

Au regarde de l’étude qui vient d’être menée, il faut dire que la question de la perte du pouvoir étatique dans la gouvernance des métropoles au Cameroun se pose avec acuité. La croissance démographique urbaine qui va grandissant ne va qu’empirer la situation au regard du lot de problèmes qu’elle engendre dans les villes camerounaises. Le présent article a tenté de montrer que L’Etat se trouve victime d’une situation dont il est le principal responsable. En effet, en bloquant plus ou moins les avancées démocratiques, et donc la marche vers une décentralisation réelle, il a empêché la bonne marche du développement local. En politisant la gestion des collectivités territoriales et en imposant aux communes une tutelle écrasante, il leurs a privé de moyens et de possibilités d’actions pouvant répondre aux préoccupations urbaines des populations locales. Par ailleurs, en n’assurant pas, ou presque pas, de l’emploi aux jeunes, et ne mettant pas sur pieds une véritable politique facilitant l’accès à l’emploi pour les jeunes diplômés, il a poussé ces derniers à envahir, par centaine de millier et dans l’informel, les rues des métropoles camerounaises à la recherche des moyens de survie à travers des activités de toute sorte. Tous ces manquements ont entrainé dans les villes camerounaises des phénomènes néfastes à la bonne marche de l’urbanisation ; phénomènes que l’Etat ne peut plus contrôler et ne peut non plus combattre efficacement. Pire, dans ce contexte, l’Etat voit parfois des oppositions aux décisions qu’il prend dans la gestion des villes, et parfois même, il se voit dicter, depuis la base, des mesures qu’il doit prendre dans cette gestion. C’est ainsi que le pouvoir étatique connait une dégénérescence grandissante dans les métropoles dont la gouvernance ne lui appartient plus intégralement, et où règne par conséquent une urbanisation chaotique qu’il n’est plus en mesure d’ordonner aisément.    

 

 

 

 

 

 

 

BIBLIOGRAPHIE

Ouvrages

BANOCK, Michel, (1992), Le processus de démocratisation en Afrique, le cas du Cameroun, Paris, L’Harmattan.

BIWOLE, Gilbert, (sans date), L’institution communale au Cameroun, Yaoundé, SOPECAM.

BŒUF, Jean-Luc, MAGNAN, Manuela, (2006), Les collectivités territoriales et la décentralisation, 2ème édition, Paris, La documentation française.

BONNARD, Maryvonne, (sous la direction de), (2005), Les collectivité territoriales en France, Collection Les Notices, Paris, La documentation française.

ELANG TCHOUNBIA, Ruben, (2004), Décentraliser et démocratiser, La gouvernance locale, Yaoundé, l’UCAC.

FARVACQUE-VITKOVIC, Catherine ; GODIN, Lucien ; LEROUX, Hugues ; VERDET, Florence ; CHAVEZ, Roberto, (2005), Adressage et gestion des villes, Washington, Banque Mondiale.

JACQUE, Jean Paul, (1994), Droit constitutionnel et institutions politiques, Paris, Dalloz.

KOM TCHUENTE, Barthélémy, (1996), Développement communal et gestion urbaine au Cameroun : enjeux de la gestion municipale dans un système décentralisé, Yaoundé, CLE.

KUATE, Jean-Pierre, (2002), Les collectivités territoriales décentralisées au Cameroun : recueil de textes, Douala, S:N.

MESSENGUE AVOM, (2005), Le préfet et l’Etat au Cameroun, Yaoundé, l’UCAC et Terre africaine.

MOUELE KIBAYA, (1995), La nouvelle utopie africaine, Pierrefitte Sur Seine, BajagMeri.

NACH MABACK, Charles, (2003), Démocratie et décentralisation, Paris, Karthala.

NGANE, Suzane, (2008), La décentralisation au Cameroun : enjeux de gouvernance, Yaoundé, Afredit.

OWONA, Joseph, (2011), La décentralisation camerounaise, Paris, L’Harmattan.

Articles

GUILLERMOU, Yves, « Initiatives locales, stratégies sociales et nouvelles configurations politiques dans l’ouest Cameroun », Journal des anthropologues [En ligne], 92-93 | 2003, mis en ligne le 22 février 2009, URL : http://jda.revues.org/2083

POULIN, Yves, « Les décentralisations administratives en Afrique : qu’avons-nous appris ? » Téléscope, Vol. 11, n° 3, juin 2004, URL : http://archives.enap.ca/bibliotheques/telescope/Telv11n3.pdf

TASSOU, André, « Autorités traditionnelles et urbanisation au Nord-Cameroun : le cas de la

ville de Mokolo », (sans date), URL : http://www.apsanet.org/~africaworkshops/media/Andre%20Tassou.pdf

NACH MBACK, Charles, « La chefferie traditionnelle au Cameroun : ambigüités juridiques et dérives politiques », Africa development, Vol. XXV, n° 3 et 4, 2000, URL : http://www.peuplesawa.com/downloads/31.pdf

LEFEVRE, Christian, « Etude de la gouvernance des métropoles mondiales : Londres, New-York, Tokyo, des références pour la métropole parisienne ? », Agence de Développement du Val de Marne - novembre 2006, URL : http://ddata.over-blog.com/xxxyyy/0/54/07/70/gouvernancelondresnew-yorktokyo-.pdf

BARDOT, Christian ; FAVRE, Julien ; JEGOU, Bruno ; PARIS, Frank ; TOUITOU, Amandine, « Afrique : milieu et peuplement », Pearson Education France, [En ligne], 2009, URL : http://www.pearson.fr/resources/titles/27440100356990/extras/7347_chap01.pdf

 

 

 

 

 



[2] Lire journal Le Messager, n° 953 du vendredi 13 août 1999, p. 6.

[3] Lire l’article cité ci-dessus, dont le lien a été consulté le 15 juin 2012.  

[4] Extrait de la lettre signée par six chefs supérieurs Sawa du Wouri. URL :http://www.diasporanews.eu/index.php?option=com_content&view=article&id=5613:emeutes-de-douala--deido-toujours-militarise-&catid=34:news , consulté le 9 février 2012.

[5] Ibid

[6] Sawa est le nom que portent les peuples originaires de la ville de Douala et de côte camerounaise.

[7] Lire cette note dans Le Messager n° 3617 du 20 juin 2012, p. 9.  

[8] Ibid.

[9] Lire leur protestation dans La Nouvelle Expression n° 3266 du 3 juillet 2012, p. 11.

[10] Article 49 du code de l’urbanisme camerounais en ligne. URL : http://www.droit-afrique.com/images/textes/Cameroun/Cameroun%20-%20Code%20urbanisme.pdf  , p. 7, consulté de 3 mars 2012.   

[12] Voir l’intégralité desdits rapports sur le site de l’ASSOAL : http://www.assoal.org/

[13] Chiffres les plus récents donnés dans le rapport de l’INS (Institut National de la Statistique du Cameroun) de 2009.

[14] Lire l’article de la Banque mondiale sur les indicateurs du développement en Afrique. URL :     http://siteresources.worldbank.org/EXTSTATINAFR/Reso

urces/ADI-200809-essay-FR.pdf , p. 1, consulté le 10 avril 2012.

[15] Lire l’article en ligne. URL : http://www.journalducameroun.com/article.php?aid=8489 , consulté le 20 mai 2012.

[16] Lire l’article reportage sur la résurgence de ce marché in Le Messager n° 2303 du 2 février 2007, p. 4.

[17] Lire le rapport de l’ONU-HABITAT, (2010), « L’état des villes africaines : Gouvernance, inégalités et marchés fonciers urbains ». URL : http://www.unhabitat.org/pmss/getElectronicVersion.aspx?nr=3035&alt=1 , p. 187,  consulté le 22 juin 2012.

[18] Lire l’article 2 du code de l’urbanisme camerounais.

[19] Lire le rapport de l’ONU-HABITAT, Op. Cit.

[20] Lire la préface de Michel Wormser et Claude Blanche Maison dans l’ouvrage de Cathérine Farvacque-Vitkovic et al., Op. Cit., p. vii.

[21] Lire les résultats du 3ème recensement général de la population et de l’habitat disponible en ligne. URL : www.statistics-cameroon.org/news.php?id=18 , p. 8. La population du Cameroun est estimée à 20 138 637 (lire rapport national sur l’état de la population,  

Édition 2011, disponible sur le site du Bureau Central des Recensements et des Etudes de Population, www.bucrep.cm / www.bucrep.org).

[22] Ibid.

[23] Lire rapport national sur l’état de la population,  Édition 2011, cité ci-dessus.

[24] Lire l’article sur la ville de Douala disponible sur le site de l’encyclopédie universelle Wikipédia, cité ci-dessus.

[25] Ces théories sont exposées dans l’article de Faustin Clovis Noundjeu, (2006), en ligne. URL : http://unpan1.un.org/intradoc/groups/public/documents/AAPAM/UNPAN026077.pdf , P. p. 5-6, consulté le 6 juin 2012.

[26]Ibid.

[27] Lire l’avant-propos de Roger Gabriel Nlep, in Charles Nach Mback, (2003), Démocratisation et décentralisation, Paris, Karthala, p. 11.

[28] La décentralisation en France fut consacrée en 1946, mais est née en 1830 (Maryvonne Bonnard, 2005).

[29] Pour plus d’informations sur le caractère illusoire de la démocratie camerounaise, lire l’interview du politologue camerounais Eric Mathias Owona Nguini, in Le Messager, n° 3685 du 26 septembre 2012, p. 8.

[30] Lire la préface de Marafa Hamidou Yaya, ex ministre de l’administration territoriale et de la décentralisation, in Joseph Owona, (2011), La décentralisation camerounaise, Paris, L’Harmattan, p. 7.

[31] Lire Jean-Pierre Kuaté, (2002), Les collectivités territoriales décentralisées au Cameroun, Recueil de textes, Deuxième édition, Douala, Macacos, p. 20.

[32] Ruben Elang Tchounbia, Op. Cit., p. 133.

[33] Lire l’article Aaron Agien Nyangkwé, « Supprimer les postes de sous-préfet et préfet ! », in Le Messager n° 3064 du 23 mars 2010, p. 8.

[34] Ruben Elang Tchounbia, Op. Cit., p. 130.

Années

Nombre d’activités menées

Quelques exemples d’activités menées

2010

284

-  Projet d’aménagement de l’axe routier centre des handicapés d’ETOUG EBE-TKC.

-  Projet d’approvisionnement en eau, hygiène et assainissement Public  au  profit des ménages défavorisés du quartier  NKOLO.

2009

252

-  Construction de latrines améliorées a l’école publique de NKOLO  I et a la paroisse st martyr.

-  Amélioration de l’accès a l’eau potable par la construction d’un forage au quartier NKOABANG.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article